A Staten Island, un hâvre de diversité dans un océan de démocrates

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Publié le 4 novembre 2008.

REPORTAGE - A Staten Island, l'île oubliée de New York, les votes sont plus complexes que dans le reste de la ville. Rencontre avec une républicaine, un démocrate et un libertarien

De notre correspondant à New York

L'île de Staten Island est censé faire partie de New York, mais seul le ferry orange qui la relie au sud de Manhattan et le pont Verrazano la rattachent au reste de la ville. Isolée, la cinquième circonscription de New York est la seule à avoir élu un sénateur républicain, dans une ville massivement démocrate.

«Quitter l'Irak»

Résidentielle, avec beaucoup de maisons individuelles, c'est aussi l'une des zones de New York les plus touchées par la crise immbilière avec un nombre important de saisies de propriétés en défaut de paiement. Autant de facteurs qui donnent à Staten Island une plus grande diversité politique.

A l'école publique n°16, il faut aussi faire la queue une bonne demi-heure pour accéder à son bureau de vote. Susan Diamond, 55 ans, standardiste dans une école des environs, vient de sortir, contente d'avoir voté pour John McCain et Sarah Palin «que j'aime beaucoup». «Ça va être très serré, et je ne pense pas que l'on va connaître les résultats demain matin.» Pour elle, la question de l'expérience a primé sur toutes les autres. «Il y a un an, personne ne connaissait le nom d'Obama, alors que McCain a un long parcours, connu de tous.»

En tant que républicaine, elle estime que «nous aussi, nous voulons du changement, et quitter l'Irak. Et McCain, qui a été prisonnier de guerre, sait combien celle-ci est douloureuse, c'est pour cela qu'il est mieux armé pour règler cette question.» En aparté, elle confie qu'elle trouve qu'«il n'est pas très sain qu'autant de gens votent pour Obama simplement parce qu'il est noir».

Un oiseau rare: l'électeur libertarien

Presque symétriquement, Chris Palm, un acteur afro-américain de 34 ans, pro-Obama, se dit «confiant dans la victoire», mais attend de «voir si les élections vont être volés comme en 2000». «Tout va en faveur d'Obama. Mais si je crois au meilleur, je reste préparé pour le pire. Cette élection nous permettra de savoir combien ce pays est divisé, et s'il est autant prêt que ça au changement.»

Arrive ensuite l'oiseau rare: Robert Duncan, 55 ans , représentant de la société Sun Microsystems, a voté pour Bob Barr, le candidat du parti libertarien. «C'est parce que je suis texan», plaisante-t-il, comme Ron Paul, le candidat libertarien qui a sérieusement perturbé les primaires républicaines en 2007 et attiré un grand nombre de supporters dévoués.
«J'espère que le vote pour Bob Barr sera au parti républicain ce que le vote pour Ralph Nader a été pour Al Gore en 2000 [le vote pour ce candidat de la gauche anti-establishment est souvent cité comme l'une des causes de sa défaite, ndlr.] La philosophie du moins de gouvernement et des impôts a minima, que défendent les libertariens, représentent ce pour quoi se battait le parti républicain. Mais c'était avant la déception du parti tel qu'il est devenu sous Bush, en augmentant la taille du gouvernement comme aucun démocrate n'y était jamais parvenu auparavant.»

Il pense cependant qu'Obama va gagner, «la seule question est de savoir avec quelle marge». Et il ajoute que ce n'est sans doute pas plus mal, pour sa politique étrangère et pour «le changement que cela entraînera sur la manière dont les Etats-Unis sont perçus dans le monde». «De toute façon, ça ne pourra pas être pire que Sarah Palin, non?», rigole-t-il pour conclure.
Gilles Bouvaist
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