EDUCATION - Un rapport du Sénat rendu public ce mardi propose...
Un nouveau rapport sénatorial relance le débat sur la scolarisation des enfants de deux à trois ans. A la place, ils devraient être accueillis dans des «jardins d'éveil», un «nouveau service public» qui serait une «structure innovante à mi-chemin entre la crèche et l'école», propose ce rapport rendu public ce mardi.
Ce «lieu d'éducation et d'éveil», qui «précèderait l'entrée à l'école maternelle, s'inscrirait dans le cadre de la politique familiale comme un nouveau service public», écrivent les sénateurs UMP Monique Papon (Loire-Atlantique) et Pierre Martin (Somme) au nom du groupe de travail sur «la scolarisation des jeunes enfants».
«Clarifier le rôle parfois ambigu joué par l'institution scolaire»
Cette proposition est inspirée des conclusions
d'un rapport de Michèle Tabarot, députée des Alpes-Maritimes, influencées par les orientations de la
Révision générale des politiques publiques (RGPP). Il s'agit de «clarifier le rôle parfois ambigu joué par l'institution scolaire», alors que l'école maternelle a largement scolarisé depuis les années 1990 les enfants de deux à trois ans.
«Cette tranche d'âge nécessite un autre mode de prise en charge qui accepte que l'enfant se développe à son rythme. Ils ont besoin de sécurité affective mais aussi d'éveil», écrivent les sénateurs, assurant que le fil conducteur de leur réflexion a été «le respect des rythmes et des besoins du jeune enfant dans son développement».
Les sénateurs PS et PC opposés à ce projet
Dans une contribution en fin de rapport, les sénateurs socialistes et communistes disent être opposés au «jardin d'éveil», «en raison de ruptures que nous ne pouvons pas cautionner», disent-ils énumérant: «Fin de l'égalité d'accès des familles et de la gratuité d'accueil», «désengagement de l'Education nationale», «perspectives de fortes inégalités territoriales si cela devait reposer sur les collectivités territoriales ou des initiatives aléatoires de partenariat», «risque de coût transféré aux communes», «non garantie de couverture exhaustive du territoire national», «manque de réaffirmation claire du droit à l'école maternelle à 3 ans».
La remise en cause
du bien-fondé de l'école maternelle n'est pas nouvelle. Elle a fait l'objet de plusieurs ouvrages, le dernier en date (
«Il faut fermer les écoles maternelles», éd. Michalon, 14 euros) ayant été écrit par un inspecteur de l'Education nationale (
>> pour retrouver son interview par 20minutes.fr, cliquez ici).
«Changer les couches et faire faire des siestes»
Le 3 juillet dernier, le ministre de l'Education Xavier Darcos s'était prononcé contre la scolarisation trop précoce des enfants en maternelle, arguant devant la commission des Finances du Sénat que la fonction des enseignants à ce niveau était «essentiellement de
faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches». Ces déclarations, diffusées dans une vidéo circulant sur le Net, avaient provoqué l'ire de la communauté enseignante.
Economiser des postes
Un rapport de la Cour des comptes indiquait par ailleurs début septembre que «le coût par enfant [était] moindre s’il [était] accueilli en maternelle plutôt qu’en établissements d’accueil de jeunes enfants (13.368 € en 2006 en EAJE, contre 4.570 € en maternelle, hors périscolaire).» La Cour estimait ainsi que la diminution «du taux de scolarisation des 2-3 ans de 27% entre 2003 et 2007», faute d'effectifs suffisants, apparaissait «peu cohérente au regard de la bonne utilisation de l’argent public».
Les sénateurs préconisent justement d'assouplir les normes d’encadrement relatives aux établissements d’accueil du jeune enfant, selon un ordre de grandeur d’un adulte pour quinze enfants (au lieu d'un pour quatre ou cinq actuellement, ndlr) et de privilégier le recrutement d’éducateurs, «dont la formation est plus adaptée à cette tranche d’âge» que celle des enseignants. Soit le même taux d'encadrement qu'à l'école (un enseignant et un agent territorial pour une trentaine d'élèves), avec des salaires moins élevés que ceux des professeurs des écoles...
Pour venir débattre sur ce sujet, cliquez ici...
C. F. (avec agence)
>> A quoi sert vraiment l'école maternelle? 20minutes.fr a demandé à
Lucile Barberis, la présidente nationale de
l’AGEEM (Association générale des enseignants des écoles et classes maternelles publiques) et
Flora Bratz (1), institutrice en école maternelle.
>> Pour lire leurs réponses, cliquez ici.