JUSTICE - L'enfant de cinq ans, victime d'actes de torture et de barbarie, avait été retrouvé mort le 25 janvier 2006 à Auby, dans le Nord...
Ce mardi matin, Luc Frémiot a croisé les avocats de la défense aux abords du Palais de Justice de Douai. Mais l'avocat général a changé de trottoir. Après une
semaine d'audiences tendues à la cour d'assises du Nord à Douai, «on sentait qu'il avait besoin d'être seul, de se concentrer...», témoigne l'un de ses confrères. Les trois heures de réquisitoire qui ont suivi lui ont donné raison.
Luc Frémiot a pris le temps de revenir sur chaque instant du calvaire du petit Marc, qu'il a comparé «aux tortures de la Gestapo». Et puis, en fin de matinée, il a réclamé une peine de perpétuité pour David Da Costa et Isabelle Gosselin, trois ans de prison avec sursis et 75 000 euros d'amende à l'encontre des deux médecins et deux à trois ans avec sursis contre les proches du bambin de cinq ans.
«La ronde de l'indifférence»
Blanc comme un linge, l'avocat général n'a oublié personne.
«Messieurs et Mesdames, écoutez le procès du silence où coexistent les aveugles les sourd et les muets, c'est la grande messe judiciaire d'un petit garçon mort d'avoir été oublié, le procès du silence, la ronde de l'indifférence», a lancé Frémiot, qui souhaite une condamnation «exemplaire».
Les neufs accusés avaient chacun droit à leur pochette jaune personnelle sur son pupitre. Luc Frémiot a d'abord ouvert celle de David Da Costa, cet «
ogre qui a dévoré le coeur de Marc». Pas question de s'attarder sur son cas : «Il s'est retranché de la communauté des hommes».
Du regard, l'avocat général a alors embrassé Isabelle Gosselin, une maman accusée d'avoir trahi son enfant, de l'avoir laissé seul face à la barbarie: «Vous avez d'ailleurs avoué: "Je préfère l'avoir avec moi et torturé, que placé et heureux"». Il conclut: «A côté, le calvaire du Christ, c'est une promenade de santé». Entre deux sanglots, l'accusée relève la tête comme pour mieux accuser le coup. «Irresponsables et dangereux», les médecins n'ont pas été épargnés non plus. Tout comme les proches du gamin (ses grands-parents, son oncle et sa tante) qui auraient dû se «bouger».
«Je ne veux plus que ça se reproduise»
Pour ses sept autres personnes, jugés pour non assistance à personne en danger et non-dénonciation de crimes,
le procureur Frémiot a requis 3 ans de prison avec sursis et 75.000 euros d'amendes contre les deux médecins qui ont ausculté le petit avant sa mort, trois ans avec sursis contre les grands-parents, l'oncle et la tante de Marc, et deux ans avec sursis contre une assistante maternelle, amie de la mère.
Pour Luc Frémiot, le seul point positif de ces dix jours de procès, c'est finalement que l'audience soit publique. «Tout le monde est au courant. Je ne veux plus que ça se reproduise», a-t-il conclu.
Le verdict est attendu jeudi.
Vincent Vantighem à Douai