Le vainqueur de l'élection aura fort à faire pour tenter de redresser le pays et restaurer sa crédibilité sur la scène internationale, après les deux mandats de Bush. L'Amérique que laisse « W » à son successeur est exsangue : plombée par une crise économique sans précédent depuis 1929, enlisée dans deux guerres, en Irak et en Afghanistan, haïe dans le monde arabo-musulman, et rattrapée par l'émergence de nouvelles grandes puissances comme la Chine, la Russie et l'Iran.
Face à un tel héritage, la marge de manoeuvre du prochain président risque d'être étroite. Sur le plan intérieur, il devra s'attaquer à un déficit budgétaire colossal - creusé par les dépenses militaires, il pourrait dépasser les 1 000 milliards en 2009 -, conjurer la hausse annoncée du chômage - le taux de demandeurs d'emploi atteignait 6,1 % en septembre, son plus haut niveau depuis cinq ans -, et relancer la consommation des ménages, en chute libre. Le nouveau chef d'Etat devra aussi s'atteler à la régulation des marchés financiers, dont Bush ne fera que fixer les contours lors du sommet mondial sur la crise financière, le 15 novembre à Washington.
Sur le plan international, l'agenda sera tout aussi chargé. Outre la relance des négociations de paix au Proche-Orient, le défi du nucléaire iranien et nord-coréen, et les tensions croissantes avec la Russie, il devra également trouver une voie de sortie pour l'Irak et l'Afghanistan. Mais pour William Langewiesche, journaliste américain et auteur de La Cnduite de la guerre (Ed. Allia), « les Etats-Unis vont continuer à payer cette invasion stupide en Irak, tandis qu'en Afghanistan, personne n'a la solution. C'est la guerre, et ça va continuer ». Yannick Mireur, directeur de La Revue politique américaine, pense, lui, que « les premières déclarations du futur président sur la politique étrangère seront capitales pour relancer la machine diplomatique américaine ». Quoi qu'il en soit, estime Madeleine Albright, l'ancienne secrétaire d'Etat de Bill Clinton, « il faudra beaucoup de temps pour réparer les dégâts, avec l'aide de nos alliés. »