A 60 ans, elle fait un come-back inattendu. Elle, c'est Grace Jones, la diva disco, mannequin égérie androgyne de Goude et chanteuse naviguant entre new wave et dub. Et son dernier-né, Hurricane, donne l'impression qu'elle reprend sa carrière, à l'endroit même où elle l'avait abandonnée en 1989. D'où ce son qui semble surgi du début des années 1990, lorsque le trip-hop prenait son envol. On retrouve d'ailleurs Tricky derrière le morceau qui donne son titre à l'album. Avec ses cordes en retrait et son vrombissement menaçant, cet ouragan (hurricane en anglais) aurait largement pu figurer au générique d'un James Bond. Parmi les autres collaborateurs de renom, le percusionniste Tony Allen, le bidouilleur Brian Eno et les fidèles Sly and Robbie, experts en reggae, rappelant que Grace Jones n'a jamais tiré un trait sur ses origines jamaïcaines.
La chanteuse, dont l'image a tant été manipulée, livre enfin des chansons personnelles : « C'est ma voix, mon arme de choix », mitraille-t-elle en guise d'introduction dans This Is. Parmi les meilleurs morceaux, le technoïde et mordant Corporate Cannibal, où elle s'en prend à l'industrie musicale. Mais surtout l'émouvant Williams' Blood, qui commence sur un mode intimiste avant de finir en apothéose, sa voix épaulée par un choeur gospel. Une chanson autobiographique, où elle se raconte tiraillée entre les ascendances religieuse et artistique de sa famille. On y entend même sa mère interpréter un hymne protestant. C'est Amazing Grace.