REPORTAGE - John McCain a misé gros sur cet Etat démocrate, qu'il jure de pouvoir remporter malgré les sondages. Ses supporters réagissent.
Envoyé spécial à Wallingford, Pennsylvanie
Wallingford, zone exurbaine cossue à une demi-heure au sud-est de
Philadelphie et à deux pas du
Delaware, vibre d’ors et de rouges à l’heure de l’été indien.
La venue ici de John McCain, dimanche dernier, dans les dernières heures de la campagne marque l’importance majeure de cet Etat tangent. Le candidat républicain, à contre-pied des sondages, en a fait un de ses objectifs majeurs pour atteindre la Maison Blanche.
«Nous sommes confiants dans la Pennsylvanie, maintient Mark Salter, l’un des plus proches conseillers du candidat républicain. Cette zone est importante parce qu’il y a beaucoup de démocrates, mais nous voulons en prendre à Obama le plus possible. C’est très serré.»
«La Pennsylvanie reste très démocrate»
Ed Anthony, un mécanicien de 48 ans venu avec son fils, reste sceptique, même après deux heures de meeting de McCain dans la salle de sport d’un petit campus. «Ça va être dur pour lui de remporter la Pennsylvanie. Cela reste quand même un Etat très démocrate. Mais je pense néanmoins qu’il va être élu, avec ou sans la Pennsylvanie.»
Harry Hockenberry, représentant en assurance de 58 ans, ajoute que «si vous enlevez ce puits sans fond qu’est Philadelphie, McCain gagnerait haut la main ». Le vote de cette énorme ville (la sixième des Etats-Unis en termes de population) pèsera en faveur des démocrates. A Wallingford, entre zone rurale et banlieue résidentielle luxueuse (la ville est rentrée en 2007 dans le Top 10 des villes où il fait le mieux vivre selon
Money Magazine), les affiliations partisanes varient. Les signes McCain plantés dans les jardins alternent avec des feuilles photocopiées collées aux panneaux de signalisation: «John McCain, encore un homme honorable dont le cerveau a été lavé par le parti républicain».
L’argument des hausses d’impôts sous un gouvernement démocrate, sur lequel McCain a ancré sa fin de campagne, fonctionne bien ici: «Les démocrates veulent toujours donner de l’argent à tout le monde mais jamais le leur, estime Ed Anthony. Les conservateurs, eux, veulent que les gens prennent leurs affaires en main. Quand je vois Obama promettre que tout le monde pourra avoir accès à l’université, j’aimerais bien savoir avec quel argent. J’ai trois enfants, et j’ai travaillé dur pour qu’ils puissent y aller. C’est la même chose pour sa proposition d’assurance maladie universelle: pourquoi devrais-je payer pour quelqu’un d’autre? ».
«Furieux contre Bush», et contre «les médias dévoués à Obama», il avoue «n’avoir que des doutes sur lui: pourquoi sa vie est-elle pleine de secrets?» Harry Hockenberry, lui, trouve que McCain « s’est comporté comme un vrai gentleman avec Obama. Il aurait dû être plus agressif, ne pas retenir les coups.»
«McCain peut revenir»
Si John McCain finit par être élu, ce sera un peu grâce au travail de George Ball. Cet ancien démocrate se qualifie lui-même de «“McCainiaque». Il travaille pour le parti républicain du Delaware comme manager de la campagne de terrain de John McCain. Il s’est rendu dans la Pennsylvanie voisine dans sa voiture entièrement tunée John McCain, avec photo géante du sénateur de l’Arizona peinte sur la carrosserie, et bannière «Delaware for McCain» sur le toit. Ce consultant a rencontré McCain pendant sa campagne dans l’Iowa, en l’observant débattre dans des salles à moitié vide et se démène pour promouvoir sa candidature depuis. «J’ai toujours aimé McCain. Je trouve que ce qu’il a donné à son pays est profondément émouvant.»
Pour lui la sécurité nationale représente la priorité numéro un. «Obama ne comprend rien à la politique étrangère. Même si vous pensez que la guerre en Irak a été une erreur, vouloir quitter le pays tout de suite est une bêtise monumentale. Les démocrates se moquent de la notion même de guerre contre le terrorisme.»
George Ball estime que les dernières semaines ont fait davantage de mal à Obama qu’on ne le pense. «Obama a commis des erreurs en attaquant Joe le plombier et en faisant ses remarques sur ”distribuer la richesse”, une position très à gauche pour les Etats-Unis.» Sa prédiction? «McCain peut revenir. L’élan de dernière minute est là. Mais toute la question est de savoir s’il nous reste assez de temps.»
Gilles Bouvaist