Au coude-à-coude dans les sondages
«No on prop 8!» Autocollants sur les voitures ou les boîtes aux lettres, pancartes dans les jardins… A West Hollywood, qui compte l’une des plus importantes communautés homosexuelles de Californie, les habitants sont mobilisés comme jamais. «Si la proposition passe, ce ne serait pas seulement un retour à la case départ, mais un pas en arrière: nous serions désormais discriminés dans la constitution», s’énerve Jerry, qui vit avec son partenaire et envisage bien de se marier «un jour».
Bataille de communication
A la radio, à la télé, ou sur YouTube, les ondes sont envahies par des spots pour ou contre la proposition 8. Même les animaux s’en mêlent. «L’école devra parler du mariage gay à vos enfants», menace le oui. «Faux archi faux», réplique le Super intendant.
Au total, les deux camps ont dépensé plus de 70 millions de dollars (50 millions d’euros). Après la reconnaissance du mariage pour les couples du même sexe par la Cour suprême de Californie en mai dernier, le camp du oui a obtenu sa première victoire en recueillant suffisamment de signatures (plus d’un million alors que 600.000 suffisaient) pour soumettre la proposition 8 à un référendum. Dans la foulée, l’Eglise mormone en a fait sa bataille et y a infusé près de 20 millions de dollars.
Krissy, membre de l’Eglise de Jésus Christ des saint des derniers jours, a 18 ans. Elle a passé son samedi au téléphone, tentant de gagner des voix pour le oui. «Le mariage est un sacrement devant Dieu, uniquement entre un homme et une femme», explique-t-elle.
Dans le camp du non, le blogueur (gay) Andrew Sullivan appelle Obama à se prononcer clairement. Tout comme Arnold Schwarzenegger, le candidat s’est fait des plus discrets sur la question. D’un côté, il a plusieurs fois répété son opposition au mariage gay, soutenant «des unions civiles donnant les mêmes droits». De l’autre, il a qualifié la proposition 8 «d’injuste et discriminante».
Pour certains enfin, c’est un déchirement personnel. Jerry Sanders, le maire républicain de San Diego, opposé au mariage gay il y a deux ans, a changé d’avis. Il s’en est expliqué il y a quelques jours lors d’une conférence de presse, au bord des larmes.
«J’ai écouté mon cœur. Ma fille et plusieurs membres de mon staff appartiennent à la communauté gay. Je ne pourrais pas les regarder dans les yeux et leur dire que leur amour a moins de signification aux yeux de la loi que celui que je partage avec ma femme.»
Une chose est sûre: si le oui l’emporte, les 16.000 couples déjà mariés depuis mai vont se retrouver au cœur d’un imbroglio juridique.