Un petit saut chez la grand-mère kenyane d'Obama

12 contributions
Publié le 1 novembre 2008.

SLATE - Etre un Obama en Afrique...

KOGELO, Kenya – Dimanche dernier, alors que Barack Obama arrivait au Colorado, sa grand-mère paternelle, Mama Sarah, 86 ans, s'adressait à plusieurs centaines de villageois rassemblés sur un bout de terrain à Kogelo. A ses côtés, le Premier ministre kenyan Raila Odinga, dont l'hélicoptère avait atterri à l'imprévu dans sa ferme quelques instants auparavant.

C'est en luo, la langue locale, qu'Odinga s'est adressé à la foule et aux caméras de la télé kenyane : "Aujourd'hui, nous sommes venus saluer Mama Sarah. Le petit gars d'ici s'est lancé dans la course et nous prions pour qu'il l'emporte. Est-ce que vous aimez Obama ?"
"Oui, nous l'aimons", a répondu la foule.
"Vous l'aimez?"
"Oui !"

Même si j'étais certainement le seul à des kilomètres à la ronde dont la voix allait compter dans l'élection américaine, tout cela ressemblait étrangement à un meeting de campagne. Et d'une certaine manière, c'en était un. Pour le Premier ministre Odinga, qui, comme Obama, appartient à la tribu Luo, et dont la défaite lors de l'élection présidentielle de décembre (entachée d'irrégularités) a déclenché une vague dévastatrice de violence ethnique, apparaître aux côtés de Sarah Obama n'était pas qu'un geste de solidarité. C'était aussi un pari politique  – il pourrait un jour revendiquer un lien direct avec la Maison Blanche. Pour la grand-mère d'Obama, l'arrivée du Premier ministre n'était qu'une preuve de plus de la manière dont l'ascension fulgurante d'un Obama a bouleversé la vie des autres Obama de l'autre côté de la planète.

"Au début, je croyais que cela ne durerait pas, mais le phénomène prend de l'ampleur chaque jour", m'a raconté ce jour-là Said, l'oncle d'Obama. "Ca va continuer à être un sujet majeur. Peut-être même mon job." Said ne faisait pas seulement allusion aux changements dans son quotidien – il se lève désormais à 4h du matin pour regarder l'émission "Anderson Cooper 360" sur CNN, afin de prendre connaissance des dernières évolutions de la campagne, avant de commencer une journée de travail dans une entreprise d'alcool, elle-même suivie de cours du soir, qu'il suit en vue d'un diplôme de management. "Si on me demande de commenter la campagne, je ne veux pas avoir l'air de ne pas savoir". Said faisait aussi allusion à ce que tout ça voulait dire et que ça pourrait vouloir dire durant les 4 prochaines années, d'être un Obama au Kenya : des visites incessantes de personnes réclamant de l'argent ou de l'aide pour obtenir un visa américain ; des demandes pour sponsoriser des bourses d'études pour les Etats-Unis ; des inconnus, des dignitaires africains et des journalistes internationaux débarquant chez Mama Sarah chaque jour depuis un an, pour lui rendre hommage, lui demander un service ou une interview.

Un cousin de Barack Obama de 36 ans, un coiffeur à Nairobi revenu à Kogelo pour soutenir Mama Sarah pendant ces dernières semaines de campagne, m'a expliqué qu'il essayait de faire profil bas. "Sinon je ne pourrai plus me balader tranquillement", m'a-t-il dit, me demandant de ne pas donner son nom, à la fois pour ne pas attirer l'attention et pour des questions de sécurité. Sa petite amie, a-t-il ajouté, ne sait même pas qu'il est de la famille du sénateur américain. "Elle pourrait penser que je lui cache de l'argent. Elle aurait de grands espoirs." En août dernier, l'édition italienne de Vanity Fair avait "découvert" le demi-frère d'Obama, George, qui vit dans une banlieue pauvre de Nairobi. Son triste sort a été exploité dans les médias internationaux, puis utilisé par les conservateurs, qui ont suggéré que le candidat Obama ne s'occupait pas des siens. Comme c'est le cas pour beaucoup de familles traditionnelles africaines, la notion de famille est particulièrement complexe, à cause des multiples branches de l'arbre généalogique d'Obama. Ce qui est sûr, c'est que les Obama dont Barack semble le plus proche ont l'air aimés, en sécurité financière, et ne semblent absolument pas lui en vouloir.

On croit que la famille est riche, et c'est sûrement ce qui a motivé la tentative de cambriolage de la maison de Mama Sarah en septembre. Quand je suis arrivé à la ferme, j'ai été accueilli par des officiers de police kenyans armés, postés devant une barrière de 2 mètres de hauteur, toute neuve. On m'a demandé de signer un registre des visiteurs, où figuraient des centaines de noms du monde entier. Ces gardes surveillaient ce qui doit être la plus modeste des enceintes sécurisées de la planète : à l'exception d'un petit panneau solaire sur le toit en tôle ondulée de la maison Mama Sarah – une maison de deux pièces – les seules marques apparentes de richesse sont deux vaches, qui ont d'ailleurs meuglé quand je suis entré.

A Kogelo, la photo d'Obama figure sur les montres, les porte-clés, les posters, les tee-shirts, les calendriers, les chaussures des femmes. Dans les gares routières, des vendeurs proposent des CD de reggae inspiré par Obama et des chansons en luo. Et toute une génération de nouveaux-nés se prénomme Obama…

Daniel Otieno, le chef du bureau local du journal kenyan La Nation, pense que la vigueur de cet engouement est un héritage du temps où il y avait des combats de taureaux dans la région et que les clans de Luos supportaient leur taureau favori. "Barack Obama est leur taureau", estime-t-il, ajoutant que "une victoire le 4 novembre serait ressentie comme une consolation de l'élection kenyane". A cette fierté se mêlent aussi des attentes exagérées vis-à-vis d'Obama : qu'il aidera le Kenya, et plus spécifiquement la région de Kisumu, la plus touchée du pays par le virus du sida. Le chômage ici est omniprésent. Beaucoup de jeunes et de chômeurs à qui j'ai parlé croient que la présidence d'Obama va directement améliorer leur vie – j'espère que cet espoir ne va pas se transformer en rancœur quand ils seront déçus, si c'est le cas.

Alors que les caméras étaient braquées sur la maison de Mama Sarah, le Premier ministre Odinga a essayé de tempérer ces attentes.
"Les Kenyans savent qu'Obama sera avant tout le président des Etats-Unis, pas un président kenyan aux Etats-Unis". Et d'ajouter : "Sous la présidence d'Oabama, le commerce et les investissements entre le Kenya et les Etats-Unis vont se développer. Les Kenyans espèrent qu'il y aura plus de place pour la coopération. Nous pensons aussi que l'on prêtera davantage attention à l'Afrique."

Posté mardi 28 octobre sur Slate
Andy Isaacson (traduction 20Minutes)
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr