La crise ne touche pas les travailleurs sans-papiers, déjà précaires

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Publié le 30 octobre 2008.

EMPLOI - L'intérim annonce pourtant un ralentissement de son activité...

«Si c’est la crise, nous on l’ignore.» Doucouré Hamendy, porte-parole des sans-papiers qui occupent depuis lundi 27 octobre l’agence Perfect Interim à Paris, spécialisée dans le bâtiment, est formel. Avec un recul de l’activité de près de 15% attendu en octobre, le travail temporaire est aux avant-postes des victimes du ralentissement économique. Mais «les sans-papiers devraient être les derniers à être éjectés des chantiers», explique Yannick Poulain de la CGT.

Dans le meilleur des cas, «ils sont maçons, plombiers ou coffreurs, mais ils sont payés comme des manœuvres (emplois les moins qualifiés, ndlr)», précise-t-il. Dans les différentes agences d'intérim actuellement occupées à Paris - la plupart dans le bâtiment -, ils sont même assez nombreux à se plaindre de ne pas être payés pour certaines missions. «Quand certains clients me montrent les tarifs pratiqués par d’autres agences, je leur dis que ce n’est pas possible: à ce prix, leurs intérimaires sont payés soit en liquide, soit pas du tout», explique un responsable d’agence qui souhaite garder l’anonymat.

Les sans-papiers en fin de mission


Officiellement, il n’y a plus de clandestins sur les chantiers de construction. Le 1er juillet 2007, la loi Hortefeux oblige les responsables d’agence à contrôler les papiers des «nouveaux arrivants». Quelques mois plus tard, cette obligation est étendue aux intérimaires déjà en mission: «On a donc mis tous ceux qui avaient de faux papiers en fin de contrat», assure Elie Berrebi de l’agence Perfect Interim.

Doucouré Hamendy reconnaît qu’on lui a signifié qu’il ne pouvait plus travailler pour Perfect Interim le 4 juin 2008. Mais bien que lui et ses camarades soient en grève depuis le 16 juin, «on continue à recevoir des appels des clients pour aller travailler». Preuve en est, «sur 42 grévistes au départ, sept ont cessé le mouvement pour reprendre le travail», ajoute-t-il.

«Des employés modèles»


Les sans-papiers sont en effet des «employés modèles», comme l’explique le responsable d’agence qui souhaite garder l'anonymat et qui avoue avoir eu recours à ces travailleurs clandestins en connaissance de cause. Pas de congés, pas d’arrêts maladie et peu de moyens de contester le sort qui leur est fait. «On a besoin de nous», explique Doucouré Hamendy.

Un assouplissement des critères qui «ne viendra jamais»

Le patron de Perfect Interim se sent maintenant «pris en otage»: «Ils attendent de la préfecture un assouplissement des critères de régularisation qui ne viendra jamais», affirme Elie Berrebi, annonçant avoir déjà perdu 50% de son chiffre d’affaires et la moitié de ses clients.

Après les premières occupations d’agence intérim en juin dernier, «certains clients nous ont montré du doigt et quelques agences ont même été virées», explique Eric d’Arrigo, président de Man-BTP Paris Nord. Le mouvement d’occupation, qui a d’abord touché des agences indépendantes avait de se généraliser à des grands groupes d’intérim comme Manpower ou Adecco, a ainsi peut-être joué un rôle dans «la baisse de 20% de l’activité en septembre», qu’il déplore.
Alexandre Lassalle
Emploi

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