Suicides en prison: «On est toujours dans l'urgence, pas dans la prévention»

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Publié le 7 janvier 2009.

INTERVIEW - François Bès, de l'Observatoire international des prisons, revient sur la vague de suicides dans les établissements français...

Un 93e cas de suicide en prison pour l’année 2008. L’administration pénitentiaire a dévoilé un nouveau drame ce vendredi matin, celui d’un détenu de 39 ans retrouvé pendu avec des lacets à un radiateur vers 19h30 jeudi, dans sa cellule qu'il occupait seul. 93, près de 20% de plus que l'année dernière à la même époque.

La prison est un lieu mortel, surtout en France. Il y a sept fois plus de suicide en établissement pénitentiaire qu'à l'extérieur et sept fois plus de suicides en quartiers disciplinaires qu'en cellules ordinaires. François Bès, de l’Observatoire international des prisons, revient pour 20minutes.fr sur ce sombre constat et lance quelques pistes pour y remédier.

La prison a toujours été un lieu propice au suicide…
Qu’il y ait beaucoup plus de gens fragiles en prison qu’à l’extérieur, c’est une réalité. Plus de gens présentent des troubles mentaux. Il faut en tenir compte. Deux moments clés, propices aux tentatives, sont particulièrement à surveiller: l’entrée dans l’établissement pénitentiaire, et les quelques jours avant le procès. Et puis il y a les retours en prison. Mais là, c’est un autre point: c’est la politique pénale du gouvernement, qui favorise un retour en prison.

Que pensez-vous des modalités actuelles contre le suicide?
On colle une personne avec une autre pour qu’il décroche son co-détenu le plus vite possible quand il se pend… On fixe les télés au mur et en hauteur comme dans les hôpitaux pour éviter que les détenus se pendent au support… On fait parfois des rondes toutes les demi-heures dans certains quartiers disciplinaires… A Fleury-Mérogis, les surveillants donnent un traitement à des détenus fragiles pour qu’ils arrivent à trouver le sommeil, mais sont obligés de les réveiller toutes les deux heures pour vérifier qu’ils ne sont pas passés à l’acte. On est toujours dans la résolution d’urgence des problèmes, pas assez dans la prévention.

Et l’instauration depuis 2003 de quartiers «arrivants», où l’on place une semaine les détenus pour faire le point sur leur moral ou leur santé mentale?
C’est vrai que le détenu voit beaucoup de monde en quartier «arrivants»: un médecin, un psychologue, un travailleur social, un enseignant, un visiteur de prison… Mais le reste est de la détention classique, il est surtout dans une phase d’attente, qui devient dans une phase de désocialisation, de dépersonnalisation.

La formation des surveillants de prison sur le suicide…
Elle est encore incomplète, faute de temps, faute d’argent. Et puis, il ne faut pas confondre les rôles. Un surveillant de prisons peut être formé à l’identification d’un détenu suicidaire, mais il ne sera jamais un acteur clé de la prévention.

Que préconisez-vous?
Je pense que le détenu doit avoir une cellule individuelle, et ensuite une journée organisée. L’organisation est fondamentale, il doit y avoir une prise en charge sociale, des activités culturelles pour que le détenu se reconstruise, une formation pour préparer la sortie. Un peu de vie pour sortir de leur malaise. Occuper un maximum d’heures de la journée tout simplement. Et on réclame évidemment la fermeture des quartiers disciplinaires.

Des activités comme le défilé de mode dans la maison d’arrêt des femmes de Fresnes?
Oui, ou comme les concerts à Fleury-Mérogis. Mais seul un petit nombre de gens accèdent à ces concerts, si vous êtes en quartier disciplinaire, c’est grillé.
Recueilli par Mathieu Grégoire
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