JUSTICE - Le blogueur Maître Eolas publie ce jeudi 57 billets...
A l'occasion de
la journée d'action des magistrats contre la politique judiciaire de Rachida Dati, le blog
«Journal d'un avocat», de Maître Eolas, publie 57 billets de magistrats en colère. «Donner envie aux magistrats de s'exprimer ainsi, ce qui va tant contre leur culture, restera la plus grande réussite [de la ministre]. Il y a des fleurs qui poussent dans les cimetières», écrit le blogueur en préambule.
Sur l'air d'une chanson de Boris Vian, affublés des surnoms de Titi et Grosminet, sous forme de journal de bord ou de poème, des magistrats, qu'ils soient juges d'instruction, juges tout court, substituts du procureur, titulaires, remplaçants... témoignent anonymement de l'effet des réformes engagées, ou non, sur leur quotidien.
Lolotte, substitut au pays des petit pois et Truffe, juge d'instance
Ainsi, la substitut «Lolotte au pays des petits pois», évoque les peines planchers: «On m'oblige aujourd'hui à [les] requérir. Pas seulement contre ma liberté de parole à l'audience, mais aussi en contradiction avec une loi qui m'autorise à ne pas les requérir. Pourtant ma fonction n'est-elle pas de faire appliquer la loi? Je ne sais pas, je ne sais plus... je suis perdue.»
Truffe, juge d'instance, dénonce quant à lui les effets de la nouvelle carte judiciaire. «Je suis dans un tribunal qui va disparaître. A titre personnel, je ne vais pas en souffrir: que je fasse mon trajet dans un sens ou dans un autre pour m'y rendre le matin, cela a peu d'importance, mais pour nos justiciables, il n'en est pas de même.»
«Dans un tribunal d'instance, on se défend sans avocat et souvent pour des petits montants, ajoute-t-il. Cela sera-t-il encore envisageable de réclamer un paiement pour 150 euros quand il faudra faire 50 minutes de route en hiver en rase campagne et autant au retour pour, peut-être, plusieurs audiences? On y réfléchira à deux fois...»
«Sur ma coursive, 42 cellules, 95 détenus et je suis seul face à eux»
D'autres acteurs de la justice élèvent également la voix: «A défaut de la parole d'un magistrat, je vous propose ici celle d'un autre acteur de la Justice: le Surveillant Pénitentiaire», écrit karc'hariad, surveillant de prison. «Quelle est ma place ici? s'interroge-t-il. Sur ma coursive, 42 cellules, 95 détenus et je suis seul face à eux. La surpopulation et le manque de moyens, tant humains que matériels, tuent dans l'œuf la moindre tentative de travail de réinsertion, et ce ne sont pas mes collègues Conseillers d'insertion et de probation (CIP) qui diront le contraire, avec leurs 175 dossiers à suivre chacun.»
Et ainsi de suite. Les billets s'enchaînent et les doléances avec. Mais attention, a prévenu Maître Eolas, si «Rachida Dati peut être critiquée, même durement, ce ne peut être que sur ses idées, sa méthode, ses réformes. Les attaques personnelles et notamment les allusions à sa vie privée sont grossières et déplacées, même si elle même a pu être tentée d'en jouer pour améliorer son image.»
Catherine Fournier