REPORTAGE - A l'appel des magistrats, tous les personnels judiciaires se sont rassemblés au Palais de Justice de Paris...
A l'instar de leur ministre, ils ont mis leur plus belle robe pour aller à la rencontre du public. Ce jeudi, sur les marches du palais de Justice de Paris, les magistrats en tenue protestent d'une seule voix
contre la politique judiciaire de Rachida Dati.
Ils ne sont pas venus seuls, c'est toute la famille judiciaire française qui s'est réunie. Avocats, personnel pénitentiaire ou de la protection judiciaire de la jeunesse, tous s'élèvent contre «la mise à mal de cette garantie fondamentale qu'est l'indépendance de la Justice».
«Ce n'est pas un mouvement corporatiste, prévient Florence Brugidou, magistrate au Tribunal de grande instance de Paris, nous agissons dans l'intérêt de la démocratie, pour le bien de nos concitoyens».
Pressions et intimidations
Hélène Franco dénonce la «paupérisation de la Justice». La secrétaire générale du Syndicat de la magistrature s'en prend à la politique judiciaire du gouvernement, tant sur le fond que la forme. «Rachida Dati impose le tout-carcéral par la force».
Elle condamne «des techniques d'intimidations paradisciplinaires, destinées à faire prendre des décisions sous pression», autant qu'elle fustige «la réforme de la carte judiciaire» ou «la loi sur les peines planchers, qui font de l'emprisonnement la réponse judiciaire centrale, tandis qu'en prison, il y a un suicide tous les trois jours».
Même son de cloche du côté des avocats. Alain Mikowski, du Syndicat des avocats de France, rappelle «
les pressions inadmissibles éxercées sur le bâtonnier de la Réunion» et raconte «les convocations de magistrats en pleine nuit ou les interpellations d'avocats meottes aux poignets devant leurs clients».
Unité
Quand vient le moment des discours au micro, tous les corps de métier s'expriment à l'unisson. Le
bâtonnier de Paris récolte un joli succès avec ses envolées caustiques. Il évoque une France «en état de décomposition mentale, sur la voie de la déjudiciarisation» et clame que «les juges ne sont pas dangereux, et les avocats ne sont pas des gueux».
Les orateurs rivalisent de verve pour se féliciter de l'unité affichée: «c'est un triste jour, mais un grand jour», annonce l'un, «Merci Madame Dati, conclut un autre, Merci de nous avoir uni, même contre vous».
Dati, un «outil de Sarkozy»
La Justice réclame-t-elle donc la tête de sa ministre? Non, les magistrats ont beau se défendre d'être corporatistes, ils n'en épargnent pas moins leur ancienne collègue, que certains, sur les marches, désignent en l'appelant par son prénom.
«Rachida n'est qu'un outil pour Sarkozy», assure Florence Brugidou. Hélène Franco renchérit: «c'est plus la politique de Sarkozy que celle de Dati». D'ailleurs, si la Garde des sceaux recevra une délégation vendredi, la syndicaliste estime que «désormais, la balle est dans le camp du président».
Julien Ménielle