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A Las Vegas, avec Sarah Palin et son armée de supporters

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Publié le 23 octobre 2008.
Michael Silverhawk, un républicain du Nevada fier possesseur d'un AK-47

Michael Silverhawk, un républicain du Nevada fier possesseur d'un AK-47 Philippe Berry/20minutes.fr

REPORTAGE - Conservateurs et fiers de l'être, ils étaient plus de 5.000 pour accueillir leur championne...

De notre envoyé spécial à Las Vegas

Dans la capitale du jeu, ils parient sur Sarah Palin. A moins de deux semaines de la présidentielle, la colistière de John McCain faisait campagne ce mardi dans la banlieue de Las Vegas, dans le Nevada, où Obama et McCain sont au coude-à-coude. Plongée au cœur de la droite américaine décomplexée.

«Une Américaine comme nous»

Au QG de McCain, à Henderson (à 15 km de Vegas), les volontaires s’activent. Un flot ininterrompu vient chercher le précieux ticket pour assister au meeting de Sarah Palin, le lendemain. «Je peux avoir une pancarte McCain/Palin pour mon jardin?», s’inquiète Barbara. «A 72 ans, c’est la première fois que je vais afficher mon opinion politique», explique-t-elle. «Sarah Palin est notre rock-star. Elle parle comme nous. C’est une mère de famille comme moi. Elle me donne l’impression d’avoir 20 ans de moins».

Dehors, sous une chaleur étouffante, Mike et Jeff, deux vétérans, vendent pin’s et t-shirts. L’arrivée de Sarah Palin a clairement boosté le merchandising. Selon Jeff, Palin a deux fois plus de succès que McCain. «Vous n’avez pas celui du pit-bull?», demande une jeune femme, qui compte sur «Sarah-cuda pour sauver l’Amérique d’Obama».

«S’il le faut, quelqu’un descendra Obama»

Il n’en faut pas plus pour lancer Michael Silverhawk sur le candidat démocrate: «Obama, c’est une taupe de l’Islam. Au Sénat, il a juré sur le Coran [Obama a en fait utilisé sa propre bible]. Sa place est à Guantanamo». Ses sources? «Des gens y étaient» et lui ont raconté. Comme preuve ultime, Mike montre une photo d’Obama, les mains croisées. Et de demander «comment faire confiance à un homme qui n’a pas la main sur le cœur pendant la Salutation au drapeau [en fait pendant l’hymne américain

Autour, plusieurs personnes acquiescent. «Ce n’est pas un vrai Américain. Je crois qu’il est né en Indonésie [en fait à Hawaï]», lance l’une. «Terroriste!», lâche une autre. Encouragé, Mike poursuit: «Si Obama est élu et essaie de voler nos libertés, nous sommes des millions, membres de milices populaires, avec des AK-47.» Un petit sourire s’étend sur son visage buriné. Il parle d’Hitler, de sacrifices, de combattants de la liberté. Il menace: «S’il faut, quelqu’un le descendra». «Amen! Je le ferais moi-même si je pouvais», conclut une petite grand-mère.

Unis contre le socialisme

Cette minorité, nourrie aux rumeurs circulant sur Internet, d’un zeste de racisme et d’une bonne louche de théorie du complot, dérange. Patientant devant le Pavillon d’Henderson, dès 9 heures le mardi matin, Kelley, venue avec sa fille de 18 ans voir Sarah Palin, soupire: «De tels propos ne sont pas juste honteux. Ils nous desservent en faisant fuir tous les modérés». Mais n’allez pas croire qu’elle trouve Obama sympathique. «Il veut augmenter mes impôts. Nous avons un business avec mon mari, pour lequel nous avons travaillé toute notre vie. Nous gagnons 400.000 dollars par an. Obama veut punir le succès et redistribuer les richesses. C’est une politique socialiste!».

Socialiste. Le mot est lâché. Emilio, aux Etats-Unis depuis 47 ans, s’énerve. «Je n’ai pas quitté Cuba pour retrouver un nouveau Castro ici». Un peu plus loin, ce n’est pas Joe mais «Jerry le plombier». Il y a aussi «Wendy la fille du plombier» ou encore «Esther la housewife». Tous répètent la même chose, «l’Amérique, c’est ‘travail dur et récolte les fruits de ton labeur’. Trinquer pour mon voisin qui ne paie déjà pas d’impôts, ça marche peut-être en Europe mais pas ici.»

Assis sur une pelouse, cinq jeunes ont séché les cours pour être là. «On doit être les seuls républicains de notre école d’art», plaisante Julian, qui se définit comme un «conservateur à tendance libérale». Pourtant, Sarah Palin le séduit. «Pour que Washington change vraiment, que l’éducation soit réformée, peut-être qu’il faut justement une hockey mom à la Maison Blanche pour secouer ces bureaucrates», explique-t-il. Erinn avoue qu’elle «n’avait jamais entendu le nom de Palin» avant que McCain ne la choisisse. Et que «ça la dérange un peu». Ce qui gêne Julian, «c’est qu’il n’y a quasiment que des blancs aujourd’hui». Ca fait un peu «les red necks contre Obama», regrette-t-il.

Palin drague les femmes

Après avoir patienté pendant plus de 6 heures pour certains, il est temps de bouger. Les 2.000 places de l’amphithéâtre se remplissent rapidement, et beaucoup se posent dans l’herbe. Avant l’arrivée de leur championne, ils doivent faire avec la traditionnelle brochette d’élus locaux, dont le mandat sera également en jeu le 4 novembre. Un pasteur délivre une invocation sobre, sans tirade limite sur «Dieu, montre que tu es plus fort que les autres dieux qui veulent la victoire d’Obama» d’un meeting de McCain début octobre.

Sobre, Sarah Palin l’est également. Accusée par certains d’exciter ses supporteurs quand elle reproche à Obama «de copiner avec des terroristes», elle attaque simplement le démocrate sur son programme et «son double discours auprès des femmes.» «Il n’a même pas choisi Hillary Clinton malgré ses 18 millions de voix lors des primaires», raille-t-elle. Avec Trigg, son petit dernier, à ses côtés, elle promet «à toutes les femmes, toutes les mères», qu’elles auraient «une championne à la Maison Blanche» si elle et John McCain triomphent.

Le discours terminé, les réactions sont unanimes. Les mots similaires. «Quelle poigne, quel charisme, je suis regonflé à bloc. Je suis sûr qu’on peut gagner malgré les sondages», entend-on ici et là. Il faut chercher pour trouver un homme qui regrette que Palin «n’ait pas davantage parlé de l’économie.»

Dehors, un petit groupe de démocrates tente de donner de la voix. Des «Jobs, baby, jobs», répondent aux «Drill, baby drill» (creusé, bébé, creuse, pour le pétrole, ndlr), des républicains. Un homme harangue la foule à coup de «No Hussein (le 2e prénom d'Obama, ndlr), vote McCain». «Pas d’arabe à la Maison blanche», hurle un autre. «Il est chrétien», répond un supporteur d’Obama, pendant qu’un autre filme tout ça. Un supporter de Palin tente d’arracher l’appareil photo. Un policier intervient.

Dans son discours, Sarah Palin a loué la capacité de John McCain à tendre la main à ses adversaires. Ses supporters les plus radicaux semblent surtout prêts à tendre leurs poings.

Philippe Berry
Lire l'interview d'une ancienne supportrice d'Hillary Clinton, aujourd'hui derrière Sarah Palin et John McCain.

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