« Soeur Emmanuelle aurait-elle été à l'aise dans cet hommage national ? », s'est interrogé, hier avec un brin de malice, l'archevêque de Paris André XXIII, lors de la messe célébrée à Notre-Dame de Paris à la mémoire de la religieuse. Morte lundi à l'âge de 99 ans, elle a été inhumée dans l'intimité à Callian (Var). « Je n'ai pas de réponse, a reconnu l'archevêque, ce dont je suis sûr, c'est qu'elle aurait jubilé de ce moment mis au service des pauvres, de ce temps d'antenne supplémentaire pour ceux qui sont oubliés. »
Cette messe donnée en présence de nombreuses personnalités - les époux Sarkozy et Chirac, Laetitia Hallyday, ou encore Suzanne Moubarak, la femme du président égyptien - Soeur Emmanuelle l'aurait voulue à son image, comme elle l'a indiqué dans un testament posthume lu au début de l'hommage : « L'Amour est plus fort que la Mort, le lien d'amitié profonde que nous avons noué ensemble dans la joie, a une valeur d'éternité joyeuse (...). Je voudrais que cette chère rencontre se déroule dans une atmosphère de joie. » Mais cette joie tant souhaitée a été éclipsée par la solennité, la tristesse et l'émotion de ce requiem.
Croyants ou non, ceux qui se sont déplacés hier après-midi sur le parvis de Notre-Dame partagent la même image de la religieuse. Malgré l'audience clairsemée et plutôt âgée, le coeur y est. « Nous sommes venus rendre hommage à cette femme à laquelle nous voudrions ressembler, ne serait-ce qu'un tout petit peu », explique ce couple de septuagénaires parisiens. « Il n'y a que de la bonne énergie ici, je peux la ressentir, assure Dahïya, convertie au bouddhisme. Mais aujourd'hui, la religion ne compte pas. Je l'aimais ce petit bout de bonne femme. »