Depuis des années, un grand procès pénal de l'amiante est réclamé. Où en sommes-nous ?
Nous sommes dans une situation de blocage, malgré les efforts du juge Bertella-Geffroy. C'est un dossier difficile et ancien, où rien n'a été fait avant 1996. Cette affaire, c'est le non-respect pendant des décennies des règles de sécurité par les professionnels du secteur, avec une passivité de l'Etat qui confine à la complicité.
Combien d'années va-t-il falloir encore attendre?
Un grand procès pénal fait peur, car il mettra à jour les manipulations du lobby industriel et la négligence publique. Mais à trop attendre, on risque d'assister à une « paponisation » de l'affaire, avec des accusés vieux et malades, qui seront jugés trop tard, comme ce fut le cas, dans un autre contexte, pour Maurice Papon.
D'un autre côté, les victimes gagnent des procès civils, avec la reconnaissance de la faute des employeurs et des indemnités...
C'est une révolution, mais nous ne voulons pas qu'en donnant raison aux victimes sur la question de la faute ou des indemnités, la justice se dispense d'examiner les liaisons douteuses entre l'Etat et les industriels.
Cette affaire ne fait-elle que débuter?
Cette catastrophe sanitaire va entraîner au moins 100.000 morts. Si on n'établit pas les responsabilités, on s'exposera aux mêmes dérives concernant d'autres produits.