Suicides de mineurs en prison: «C'était: tu veux obtenir quelque chose, une nouvelle cellule, et bien pends-toi»

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Publié le 9 octobre 2008.

PRISON - Carlo Di Eglio, secrétaire général de la CGT-pénitentiaire pour l'Alsace-Lorraine et surveillant à la prison de Metz, revient sur ce phénomène nouveau et dramatique...

C’est une série noire. Quatre tentatives de suicide par pendaison dans le quartier des mineurs de la prison de Metz-Queuleu en cinq jours. Trois ont été décrochés à temps, mais Nabil, 16 ans, y a laissé la vie dans la nuit de lundi à mardi. Les premières conclusions de l’enquête laissent apparaître un système de chantage collectif, les jeunes tentant d’obtenir des réponses favorables à leurs demandes en mettant leur vie en danger.

Ce jeudi, c’est un mineur de 16 ans incarcéré à la maison d'arrêt de l'Elsau, à Strasbourg, qui a tenté de se suicider par pendaison, en tout début d’après-midi. Deux jours après avoir été transféré du fameux quartier des mineurs de la prison de Metz-Queuleu. Il a été transféré à l'hôpital de Hautepierre, où il se trouvait jeudi soir dans un état critique.

Carlo Di Eiglio, secrétaire général de la CGT-pénitentiaire pour l’Alsace-Lorraine et surveillant à Metz-Queuleu depuis huit ans, a expliqué à 20minutes.fr les dessous d’une dérive mortelle.

D’abord, peut-on lier le cas de Strasbourg à ceux de Metz?
Le garçon en question vient de Metz, où il a assisté à trois des tentatives de suicide de ses camarades de coursives. Il a vu tout ça, il y a donc un lien. De là à dire qu’il est rentré dans une logique de chantage vis-à-vis du personnel pénitentiaire, comme les autres jeunes… Il y a des suppositions qu’on ne peut pas se permettre pour l’instant.

Quelle est cette logique de chantage dont vous parlez?

C’est quelque chose de tout à fait unique. Des jeunes prêts à se prendre pour des demandes qu’on peut parfois qualifier de futiles, c’est un phénomène nouveau.

Il n’est pourtant pas rare que des détenus se tailladent les bras pour qu’on réponde favorablement à leur demande…

Oui, mais là, ils ont vraiment joué avec leur vie. Le premier s’est pendu pour sortir du quartier disciplinaire, il ne pouvait plus supporter la vie dedans. Le deuxième s’est pendu pour avoir droit à une télé. Le troisième pour changer de cellule. Ils étaient dix mineurs dans la coursive de Metz-Queuleu, et ils s’encourageaient à passer à l’acte pour mettre la pression sur les surveillants.

Vous pensiez au départ qu’il s’agissait d’actes isolés?

On a découvert avec l’enquête sur les circonstances du suicide du quatrième garçon, qui n’a pas pu être sauvé à temps, que c’était un système collectif. Les mineurs, entendus les uns après les autres, l’ont expliqué. C’était: «Tu veux obtenir quelque chose, une nouvelle cellule, et bien accroche-toi.» C’est bête et dramatique, une sorte de défi extrême. Comme un jeu du foulard à l’école, en autrement plus dangereux.

Les premiers jeunes qui se sont pendus ont-ils obtenu gain de cause dans leurs demandes?

Bien sûr. Par exemple, le garçon qui voulait une télé, et bien il est dans une cellule avec une télé et un autre garçon, censé veiller sur lui… L’administration est obligée de s’adapter, elle fait vraiment de son mieux. Et un jeune aux tendances suicidaires est le plus encadré possible. La question qui se pose derrière est: pourquoi un jeune de 16 ans se retrouve dans une cellule, et pas dans une salle de cours? La prison est forcément difficile pour un mineur. S’il est là, c’est qu’il ne va déjà pas bien. Et la prison n’arrange rien.

Un syndicaliste de l’Ufap dit avoir fait remonter en août dernier une note sur le climat délétère à Metz...
Il a écrit qu’il y avait un manque de discipline dans le quartier des mineurs. Mais comme dans tous les quartiers de mineurs de France! Il faut bien reconnaître que les garçons sont souvent turbulents. De là à dire «je vous avais prévenu» devant un phénomène aussi spontané, aussi désolant… Ce «jeu des pendus» était rigoureusement impossible à prévoir. Le quartier des mineurs de Metz, ce sont dix détenus pour vingt-six places, et quatre surveillants. Il n’y a pas de surpopulation carcérale, ni de sous-effectif du personnel.

Que pensez-vous des mesures annoncées par Rachida Dati (lire ici)?

Notre syndicat est loin d’être d’accord sur tout avec la garde des Sceaux, mais je dois dire qu’on va dans le bon sens. Il est normal qu’on parle de nos prisons avec tous les drames qui ont eu lieu depuis le début du mois de septembre. Mais cela ne doit pas être de la polémique inutile, il faut aborder des questions de fond. Aujourd’hui, je ne sais plus ce qu’on demande à l’administration pénitentiaire. On ne peut pas tout régler nous-mêmes, les problèmes de violence dans la société, la politique du tout répressif… Dans l’absolu, la place d’un gosse de 16 ans est à l’école, tout simplement.
Recueilli par Mathieu Grégoire.

Le terrible bilan
Quatre vingt-sept détenus se sont suicidés en prison depuis le début de l'année, selon l'Administration pénitentiaire.

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