TRAFIC D'ARMES - Les dessous de ce procès fleuve, racontés à travers le portrait de ses principaux protagonistes. Troisième partie: les politiques...
C’est un procès fleuve qui s’est ouvert ce lundi au tribunal correctionnel de Paris. Trafic d’armes, trafic d’influence, abus de biens sociaux, blanchiment… les pires délits vont être abordés pendant cinq mois.
Sur le banc des accusés, le casting est prestigieux. Retour sur les
principaux acteurs de cette affaire.
Troisième partie: les politiques. Ils ont créé une diplomatie parallèle et jouer de leur influence pour couvrir le trafic d’armes.
Jean-Charles Marchiani, le préfet
Le 14 juillet 1996, Marchiani, alors préfet du Var, décore
Arcadi Gaydamak de l’ordre du Mérite en grande pompe. Voilà notre marchand d’armes frappé du sceau de la respectabilité. Selon Marchiani, Gaydamak a apporté une «aide capitale» dans la libération de deux pilotes français, capturés en Bosnie en 1995.
Heureux de cette distinction qui vaut tous les passeports du monde, Gaydamak va verser, via les sociétés de
Falcone, plus d’un million de francs à Marchiani, dont le nom de code est «Robert». L’argent financera les activités politiques de Marchiani et de son parrain, Charles Pasqua. Perquisitionnant au domicile de Marchiani en 2001, les enquêteurs retrouvent les initiales d’un certain «C.P.» sur un papier où sont inscrits le nom Brenco, des dates et des montants qualifiés de «cash» ou de «virés». Au juge Courroye qui l’interroge, Marchiani dit: «C.P., ça peut vouloir dire 36 trucs. Chef de poste ou correspondant permanent si c’est une opération de renseignement. Je ne pense pas que cela peut vouloir dire Courroye Philippe.»
Marchiani est aujourd’hui le seul à soutenir que l’Etat français avait donné son «aval» aux ventes d’armes à l’Angola. Peut-être parce qu’il avait la bénédiction d’un certain «C.P.»
Charles Pasqua, le padre
En 1993, il est ministre de l’Intérieur. Mais celui qui a fondé le Service d’action civique (SAC) avec Jacques Foccart, le Mr. Françafrique de la Ve République, ne peut rester insensible aux affres du continent noir. Entendu comme témoin, Alain Juppé, alors au Quai d’Orsay, dit avoir découvert «une sorte de diplomatie parallèle».
Pasqua n’a pas directement participé aux tractations. Mais le président angolais Dos Santos sait ce qu’il lui doit.
Luanda va financer l’association France Afrique Orient, dont Pasqua est vice-président et qui sert de QG à son mouvement politique Demain la France, à hauteur de 1,1 million d’euros. Avant de donner 326.000 euros pour sa campagne européenne. Un général angolais écrit ceci à son homme à tout faire Marchiani: «J’aimerais vous apporter encore fois mon soutien pour ces élections et nous continuerons à faire de notre mieux pour que les bonnes personnes soient à la bonne place.» Un joli échange de bons procédés.
Jacques Attali, le messager
Il est accusé d’avoir joué les intermédiaires en 1997 entre Me Allain Guilloux, l’avocat de Falcone, et Hubert Védrine, alors ministre des Affaires étrangères. Objectif: transmettre l’argumentation de
Falcone contre un redressement de deux milliards de francs (305 millions d’euros) sur une société d’armement tchèque pilotée par l’affairiste.
Attali transmet ces requêtes à la secrétaire de Védrine. Il déclare aux enquêteurs qu’il ne la connaît pas, elle précise qu’ils se sont croisés pendant dix ans dans les couloirs de l’Elysée. Védrine, invité à déjeuner chez Attali, tient à distance l’éminence grise de Mitterrand: «Eluder», écrit-il sur un courrier. Comme témoin, Védrine confie «préférer l’Attali intellectuel à celui qui fait ce genre de démarche.»
Sinon, une société d’Attali a perçu 160.000 dollars pour un rapport sur le microcrédit en Angola, commandé par
Luanda. Un sujet vraiment primordial en pleine guerre civile... C’est Falcone qui a payé ce rapport.
Retrouvez les deux premières parties de notre galerie de portraits, les arroseurs par ici, et les arrosés par là.
M.Gr.