Crise financière: combien de temps cela peut-il encore durer?
Créé le 07.10.08 à 19h26
Mis à jour le 13.10.08 à 16h51
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ECONOMIE - 20minutes.fr a posé la question à quatre économistes...
La presse française critiquait ce mardi matin l'impuissance des pouvoirs publics, notamment européens, à enrayer la crise financière.
Lundi, les marchés boursiers ont sévèrement chuté, de façon historique pour certains indices comme le CAC 40.
Pourquoi les mesures adoptées aux Etats-Unis et en Europe peinent à convaincre les investisseurs?
Combien de temps cette situation peut-elle durer? 20minutes.fr a demandé leur avis à quatre économistes.
Pourquoi les Bourses ont-elles autant chuté après l'adoption du Plan Paulson?
Après l'adoption du plan par le Congrès américain et l'annonce du sommet du G4 à Paris pour trouver une action concertée au niveau européen, un vent d'euphorie a soufflé sur les marchés vendredi. «On a observé un pic haussier avec un rachat d'actions, note Marc Touati, économiste chez Global Equities. La réalité a repris le dessus lundi, avec un mouvement de délestage massif des actions.»
«Les marchés ont pris peur en réalisant qu'il n'y avait pas vraiment de consensus européen et que l'incertitude demeure extrême, plan Paulson ou pas, renchérit Alexander Law, économiste chez Xerfi. Du coup, les investisseurs ont vendu leurs actions pour placer leur mise en sécurité ou pour récupérer des liquidités.» Pour Nicolas Bouzou, économiste chez Asteres, on a surtout assisté à une «crise de panique au sens psychologique».
Comment vont réagir les marchés dans les mois qui viennent?
Selon Marc Touati, le marché risque de subir d'autres fluctuations de ce type car «il ne reste que des investisseurs à court terme et des hedge funds,
des investissements souvent considérés comme risqués. Les gros investisseurs ont vendu leurs actions depuis longtemps.» Mais selon l'économiste, «on n'est pas loin du bout du tunnel. Comme les marchés anticipent toujours, ils redémarreront pendant la récession, soit dans environ trois mois. Il y a un effet de balancier comme avec le baril de pétrole qui est monté jusqu'à 150 euros. Ça finit par se calmer.»
Alexander Law parle aussi d'une stabilisation d'ici à la fin de l'année. Tout comme Nicolas Bouzou: «Avec le faible niveau des actions, il y a un potentiel de rebond énorme.» Philippe Dessertine, directeur de l'Institut de haute finance, est beaucoup plus pessimiste: «A part quelques rebonds techniques, la tendance sera à la baisse pendant plusieurs semestres.»
Et l'économie réelle?
Les échéances sont plus longues. Selon Marc Touati, il faut s'attendre à «neuf mois de récession dans la zone euro, les gouvernements tout comme l'exécutif européen ou la Banque centrale n'ayant pas suffisamment anticipé la crise». Nicolas Bouzou estime également que «le mouvement de reprise sera long, soit au moins deux trimestres. Il faudra attendre 2010 pour que ça reparte vraiment». Là encore, Philippe Dessertine parie sur des difficultés à plus long terme: «Les deux années qui viennent vont être très très dures.» Sur la situation de l'économie américaine en particulier, les avis divergent.
Nicolas Bouzou estime qu'«elle échappera peut-être à la récession, notamment grâce aux investissements massifs qui ont été réalisés dans les nouvelles technologies». Philippe Dessertine prévoit au contraire «une année 2009 complète de récession. Tous les indicateurs sont au rouge et ce n'est pas le paquet fiscal de Bush au 2e trimestre qui va sauver la croissance. Même le crédit automobile et scolaire commencent à être touchés aux Etats-Unis».
Les mesures engagées par les pouvoirs publics au niveau mondial sont-elles efficaces?
Oui... et non. Selon Marc Touati, «il va falloir attendre davantage
de garanties de la part de l'Union européenne et de fusions-acquisitions dans le secteur bancaire. Il va y avoir beaucoup de surprises dans ce remodelage, avec des pays émergents qui risquent de racheter des établissements européens».
Alexander Law confirme que la naissance d'acteurs d'envergure sur le marché, comme BNP Paribas-Fortis, rassurerait les marchés. Nicolas Bouzou voit aussi dans ce rachat le premier signe de règlement de la crise. «On a assisté à une crise d'hypertrophie du secteur financier. Une cure d'amaigrissement passe par des rapprochements entre les banques».
L'économiste est plus sceptique sur une action de l'exécutif européen. «La garantie sur les épargnes est davantage vouée à rassurer. La réponse concrète à une faillite ne peut être que nationale.» Selon lui, l'Europe doit surtout à réfléchir à une nouvelle régulation du système financier, en prenant son temps. Pour Alexander Law, il est au contraire essentiel qu'il y ait une action coordonnée des banques au niveau européen «car cela offre une marge de manoeuvre plus importante.
La BCE ne peut pas mettre des liquidités à disposition de façon éternelle, il faudra bien que les prêts interbancaires repartent.» Philippe Dessertine estime toutefois que cet apport de liquidité à court terme est la bonne option. Car «il ne faut pas oublier que toutes les interventions des pouvoirs publics, certes nécessaires, vont peser sur la croissance pendant des semestres et des semestres et gréver le redémarrage de l'économie».
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