TRAFIC D'ARMES - Les dessous de ce procès fleuve, racontés à travers le portrait de ses principaux protagonistes. Deuxième partie...
C’est un procès fleuve
qui s’est ouvert lundi au tribunal correctionnel de Paris. Trafic d’armes, trafic d’influence, abus de biens sociaux, blanchiment… les pires délits vont être abordés pendant cinq mois.
Sur le banc des accusés, le casting est prestigieux. Retour sur les principaux acteurs de cette affaire.
Deuxième partie: les arrosés. Rouages précieux du «système Falcone», ils ont été grassement récompensés en «Galilée», l’élégant nom de code de l’argent dans l’Angolagate.
Isabelle Dellebac, la petite main d’or
Elle est la consciencieuse assistante de
Pierre Falcone. Son silence est précieux, elle reçoit 30.000 francs par mois, et l’affairiste lui offre 6,5 millions de francs pour acheter la résidence de ses rêves. Dans les bureaux de Brenco, situées dans un hôtel particulier de l’avenue Kléber (16e arrondissements de Paris), Isabelle Dellebac reçoit régulièrement des visiteurs aux visages connus: Jean-Christophe Mitterrand, Paul-Loup Sulitzer, ou encore le directeur de RMC, Jean-Noël Tassez. Le rituel est alors immuable.
Selon le dossier d’instruction, elle descend au sous-sol, prend des espèces qu’elle fourre dans une enveloppe. Puis elle note sur ses «mémos» les initiales des bénéficiaires, parfois codées, la date et le montant alloué. Lors d’une perquisition a son domicile, les enquêteurs trouvent 26 disquettes qui listent tous les «mémos» pour
Pierre Falcone.
Jean-Christophe Mitterrand, «le fils de»
«Prénom du père?» Son interrogatoire par le juge Courroye a commencé ainsi. Jean-Christophe Mitterrand a quitté la cellule africaine de l’Elysée en 1992, mais a continué à monnayer son influence, faisant perdurer les vieilles pratiques de la Françafrique. Il a joué l’intermédiaire entre Falcone et les autorités angolaises. «Sans lui, il n’y aurait pas eu de contrat, de la même manière que sans femme, il n’y aurait pas de bébé», a expliqué un des prévenus aux enquêteurs.
Ce sont les Assedic, parties civiles au procès, qui lui courent après. Le fils de l’ancien Président a été généreusement rétribué pour son rôle essentiel. En 1995, Falcone lui verse 14 millions de francs sur des comptes suisses, lui règle des billets d’avions et des frais de séjour à Bali ou à Phoenix. Problème, à ce moment-là, J.-C., licencié de la Générale des eaux où l’avait placé papa, touche des allocations chômage sympathiques. Près de 300.000 francs sur un an…
Paul-Loup Sullitzer, le cajoleur
Usant de ses relations, il est là pour arrondir les angles, effacer l’image de «trafiquants d’armes» qui émerge dans les médias pour désigner
Falcone & Cie, «déminer des parutions gênantes» selon l’expression d’un journaliste. Le romancier n’a pas ménagé ses efforts et a été justement récompensé: plus d’un million de francs pour la seule année 1998, perçue en liasses de grosses coupures chez Brenco. Et cinq autres millions présumés sur un compte suisse.
Même délicatesse avec
Jean-Noël Tassez, ancien patron de RMC, qui aurait reçu un million de francs de Brenco. Sa compagne de l’époque, Charlotte Rampling, a trouvé «magnifique» l’hôtel particulier où siège la société de Falcone.
Georges Fenech, le cajolé
En 1997, l’Association professionnelle des magistrats (syndicat de droite), qu’il préside, reçoit 100.000 francs, près de la moitié de son budget annuel. Alors substitut général à la cour d’appel de Lyon, Georges Fenech salue son «donateur», qui n’est autre que
Pierre Falcone, pour cette «aide spontanée qui nous permettra de restaurer une authentique justice.»
Voilà donc une «bonne œuvre», «spontanée» et sans arrière-pensée pour Fenech, qui retourne à Falcone «25 abonnements» de sa revue «Enjeu Justice». Les 25 abonnements ne lui éviteront pas une mise en examen pour «recel d’abus de biens sociaux». Réintégré à la magistrature cette année et président de la Miviludes, Fenech a vu sa réélection comme député UMP du Rhône invalidée en mars pour... malversation.
Même motif de poursuite pour le général
Claude Mouton, ancien haut fonctionnaire et directeur général de la Brenco de juillet 2000 à février 2001. Il aurait joué un rôle de facilitateur dans les relations entretenues par Falcone, traitant avec bienveillance certaines personnalités angolaises. 500 .000 francs en liquide ont été découverts dans le coffre de son bureau lors d’une perquisition. Son nom de code pour les versements étaient «Panurge». Tout simplement.
Retrouvez la première partie de notre dossier ici.
M.Gr.