TRAFIC D'ARMES - Les dessous de ce procès fleuve, racontés à travers le portrait de ses principaux protagonistes...
C’est un procès fleuve qui s’est ouvert ce lundi au tribunal correctionnel de Paris. Les chiffres de l’Angolagate donnent le vertige: 580 millions d’euros de ventes d’armes, dix années d’instruction, 170 tomes de procédure, quarante-deux personnalités jugées, une soixantaine d’avocats et cinq mois d’audience qui ne seront pas de trop pour éclaircir l’un des plus grands scandales politico-financiers de la Ve République.
Commerce illicite d’armes, trafic d’influence, abus de confiance et de biens sociaux, recel d’abus de biens sociaux, blanchiment… les pires délits vont être abordés. Sur le banc des accusés, le casting est prestigieux. Retour sur les principaux acteurs de cette affaire.
Première partie: les arroseurs. Ils étaient au coeur du trafic d'armes.
José Eduardo dos Santos, le Président
Il ne comparaît pas, bien sûr, au moment où la France est en pleine lune de miel diplomatico-économique avec l’Angola qu’il dirige, ce pays aux mille ressources (pétrole, uranium…). Mais son nom est sur toutes les lèvres. Car au commencement de cette affaire était José. Au début des années 1990, l’ancienne colonie portugaise est dévastée par la guerre civile entre le MPLA du président élu Dos Santos et les rebelles de l’Unità, de son vieil ennemi Jonas Savimbi.
Dos Santos veut alors renforcer son armée. Il fait appel à la France, qui refuse officiellement: on ne livre pas d’armes à un pays en guerre. Pas grave. Une diplomatie parallèle va s’ouvrir, avec comme premier protagoniste Jean-Christophe Mitterrand, ancien membre de la cellule africaine de l’Elysée, qui contacte l’homme d’affaires Pierre Falcone. Le business peut démarrer.
Pierre Falcone, le marchand
Marié à une ex-miss Bolivie, il a débuté dans la vente d’escargots et de jus de fruit. Il est devenu un fin connaisseur du commerce international. Depuis Paris, Falcone est soupçonné d’avoir tout organisé avec son camarade Arcadi Gaydamak. Il a mené les négociations, veillé à l’accueil des émissaires angolais, assuré la conduite des mouvements financiers, arrosé les réseaux politiques français.
Placé en détention provisoire pendant près d’un an en 2001, Falcone a ensuite disparu de la circulation, bénéficiant d’une «immunité» diplomatique en qualité de membre de la délégation permanente de l’Angola auprès de l’Unesco. A l’automne 2007, il a négocié la levée de son mandat d’arrêt pour assister au procès de la Sofremi. Il pourrait encore faire jouer ce statut particulier.
Arcadi Gaydamak, le ferrailleur
Il est l’homme aux quatre passeports. Ce Russe d’origine est arrivé en France en 1972, où il exerça d’abord le métier d’interprète. Avant de passer à la vitesse supérieure. Au début des années 90, son carnet d’adresses est épais comme un bottin. Et notamment dans les pays de l’Est. Cela tombe bien, il y a beaucoup d’armes à vendre dans les ruines de l’Union soviétique.
Gaydamak va traiter auprès de l’ex-Armée rouge, récupérant matériel peu cher et surplus militaires (chars, canons, obus, navires de guerre, hélicoptères et 170.000 mines antipersonnelles) qu’il vend ensuite au prix fort à l’Angola avec l’ami Falcone. Le dossier d’instruction fait état d’un contrat de livraisons d’armes conclu en 1994 entre la société de Falcone, Brenco, et l’Angola, pour un montant de 790 millions de dollars, près du double du prix d’achat en ex-URSS. Selon l’accusation, Brenco a servi de support «à l’activité de ventes d’armes déployée en lien avec Arcardi Gaydamak, sous couvert de la société écran slovaque ZTS OSOS.»
C’est le nœud de l’Angolagate. Ce contrat est illicite pour la justice française puisqu’il n’a été soumis à aucune autorisation ministérielle, Edouard Balladur, Premier ministre de l’époque, et le patron du Quai d’Orsay, Alain Juppé, étant soigneusement évincés.
M.Gr.