SANTE - Membres du gouvernement, opposition, associations et industriels s'y opposent...
Lutter contre l'obésité grâce à la TVA. L'idée, développée dans
un rapport parlementaire remis ce mardi à la commission des Affaires sociales, suscite une levée de boucliers. De la part du gouvernement d'abord.
Après ses collègues du Budget et du Travail, la ministre de la Santé a rejeté la proposition de la députée UMP Corinne Boyer de taxer davantage la «malbouffe» (de 5,5% à 19,6%) et d'abaisser en contrepartie la TVA sur les fruits et légumes (de 5,5% à 2%).
«La démarche est intéressante (mais) nous sommes dans une période difficile sur le plan économique, et taxer un certain nombre de produits reviendrait à taxer les plus faibles», a estimé
Roselyne Bachelot.
A droite, le député UMP
Axel Poniatowski a également affiché son désaccord avec sa collègue UMP Valérie Boyer. «Je ne suis pas favorable à l'augmentation de la TVA sur les aliments jugés trop gras ou trop sucrés» dans «un contexte de stagnation du pouvoir d'achat», a déclaré le président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.
A gauche aussi, on conteste ce projet. Le député PS
Jean-Marie Le Guen, spécialiste des questions de santé dans son parti, s'est étonné «que la secrétaire nationale à la Santé de l’UMP mette en avant l’augmentation de la TVA, dont les études ont démontré qu’elle ne changerait pas vraiment les comportements». «En mettant en avant l’idée de nouvelles taxes, la mission parlementaire se trompe de combat: la prévention de l’obésité doit privilégier l’éducation plutôt que la pénalisation!», a-t-il souligné.
Moins surprenant, les
industriels de l'agro-alimentaire montent aussi au créneau. «Nous sommes contre la taxation car nous considérons qu'aucun produit n'est mauvais pour la santé, sinon il serait retiré du marché», a déclaré lundi le président de l'Association nationale des industries alimentaires, Jean-René Buisson. Il y aurait par ailleurs «un problème concret de mise en application de cette TVA», a-t-il ajouté expliquant qu'il fallait définir «ce qui est bon ou mauvais dans un produit».
Même les
consommateurs tiquent. «Peut-on sérieusement imaginer que, parce que le soda ou les confiseries seront quelques centimes plus chers, les consommateurs vont du jour au lendemain s'en détourner pour boire de l'eau plate ou manger des fruits ?», s'interroge l'association de consommateurs CLCV ce mardi.
Le gouvernement a de toute façon d'autres projets en tête. Roselyne Bachelot a indiqué qu'elle était «dans une démarche de prise en charge de l'obésité» et que les dispositifs qu'elle allait mettre en place dans le cadre de la loi de santé «dans quelques semaines vont donner des outils dans ce sens». Problème,
les deux principales mesures présentées en février dernier sont au point mort: professionnels de l'alimentation et publicitaires n'ont pas souhaité participer à la concertation pour encadrer plus strictement la publicité alimentaire dans les programmes télévisés pour enfants. Les industriels de l'alimentation n'ont pas non plus participé au groupe de travail visant à retirer les sucreries des caisses des supermarchés.
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C. F. (avec agence)
Chiffres Le rapport, en 25 rubriques et 83 propositions, veut «faire de l'équilibre nutritionnel et de la lutte contre l'obésité une grande cause nationale pour 2009». En France un adulte sur deux est en surcharge pondérale. 16,9% sont obèses et 32,4% en surpoids. Le surpoids et l'obésité coûtent à l'assurance maladie entre 10 et 15 milliards d'euros, selon la députée UMP Corinne Boyer.