Eureka, ils ont trouvé. Pour leur troisième opus «Dear Science», les Américains de TV on the Radio ont décrypté l'ADN de l'album parfait. Des montées de guitares rageuses, des cuivres et un groove très funk, de déchirants arrangements de cordes et harmonies vocales, le tout saupoudré d'une brillante production électronique. Rencontre début septembre avec le chanteur Tunde Adebimpe...
«Dear Science» semble plus joyeux que vos albums précédents...
Tunde Adebimpe : On commençait à avoir fait le tour de tout ce qui n'allait pas. Il était temps qu'on explore des sentiments plus heureux. Avec cet album, on a essayé de laisser plus d'espace pour que les instruments et les voix aient la place de s'exprimer. Il y a plus de vie que dans nos disques précédents. Même si certains textes restent un peu sombre, l'enregistrement a été plus léger.
Comment se déroule le processus de composition?
T. A. : Par petits bouts. Généralement, moi je travaille a capella avec un peu de clavier. J'arrive avec un bout de mélodie et des textes plus ou moins finis puis tout le monde y apporte sa patte. David Sitek fait un peu la même chose. Tout le monde met ses idées sur la table puis il n'y a plus qu'à tout réparer. Ce qui est génial, c'est que je peux compter sur la créativité de chacun pour donner vie à des choses que je n'aurai jamais su développer tout seul. Je leur donne une petite indication comme "la musique devient totalement folle au milieu de la chanson" et ils font le reste. Dans un délai très raisonnable.
On sent moins l'effet d'empilement de couches, très présent sur le disque précédent...
T. A. : C'est quelque chose que l'on voulait essayer. Les concerts ont aussi poussé dans cette direction. On se rend compte qu'il n'y a pas forcément besoin de cinq instruments qui jouent en même temps. Il se produit des choses tout aussi intéressantes quand on laisse chacun s'exprimer.
Comment est venu le titre «Dear Science»...
T. A. : C'était le moins ridicule des cent cinquante titres qu'on avait imaginé. Mais plus on en parle et plus j'aime me dire que l'album est notre contribution à la science. «Tenez les gars, pour toute la confusion, la joie, le progrès et la souffrance que vous avez causé. Ajoutez une pincée de ceci.»
Pourquoi avoir mis une virgule dans le titre de l'album...
T. A. : En fait, il n'y a pas de virgule. Elle n'existe que sur Internet et les papiers que vous donnent les attachés de presse. Mais j'ai commencé à faire de petites virgules en papier à la maison. Je pense les vendre 5 dollars la pièce pendant la tournée. Ajoutez votre virgule. Mettez un peu d'argent de ma poche.
Avec cet album, vous mélangez un peu tous les genres de musique...
T. A. : On a grandi en écoutant tellement de choses différentes. Ce qui est bizarre, c'est qu'avec la culture du zapping qui est la notre, il n'y ait pas plus de groupes de rock qui essaient de mélanger un peu les choses. Quand tu vois ce que fait Aphex Twin, DJ Shadow ou Beck. Certains gens trouvent ça bizarre ou nouveau mais faites tourner les stations de radio ou mettez votre I-pod en mode aléatoire et vous arriverez au même résultat.
On sent quand même qu'il y a une nouvelle génération aux Etats-Unis qui essaie d'ouvrir les portes. Que ce soit vous ou des groupes comme Animal Collective...
T. A. : Je suis d'accord. En plus, j'adore Animal Collective. Ils ont vraiment pris le temps d'apprivoiser leur propre langage. Trop peu de groupes développent cet état d'esprit aventureux.
Ce qui est étrange, c'est que peu de groupes essaient de copier ou suivre ce que vous faites...
T. A. : De temps en temps, les gens disent de certains groupes qu'ils font du TV on the Radio. Souvent, c'est une étiquette qui sert à décrire des artistes qui chantent un peu faux et sont obligés de s'appuyer sur d'es harmonies vocales. Les gens font parfois des comparaisons étranges.
Est-ce que l'optimisme de l'album a à voir avec l'état de l'Amérique ou est-ce que ça renvoie à des choses plus personnelles?
T. A. : Ce sont en général des choses plus personnelles, mais on est pas indifférent à ce qui se passe dans le monde. Comme on disait au début, quand on a épuisé tout ce qui ne va pas, on ne peut que remonter la pente. Je suis content que George Bush quitte le pouvoir. On verra bien ce qu'il se passe en novembre. De toute façon, ça ne peut être qu'étrange. Etrange en bien ou en mal. J'espère quand même que ce sera étrange en bien.