Ce matin de juin, c'est le branle-bas de combat chez Pias. Shunda K., une des deux chanteuses du groupe de rap américain Yo! Majesty a soudainement quitté les locaux de la maison de disque en pleine journée promo sans téléphone et sans argent sur elle.
En attendant son retour qui ne se fera qu'en fin de journée, Jwl. B assure sans se plaindre les interviews avec la presse pour la sortie fin septembre de leur premier album «Futuristically Speaking... Never Be Afraid». Sur ce recueil de hip-hop énergique porté par des beats électroniques sensuels, les deux rappeuses lesbiennes transforment leur quotidien difficile en un message d'amour et de fête. Explication avec Jwl. B...
Votre musique est portée par une très forte énergie?
C'est une énergie réaliste. Celle de la vraie vie des «niggas». Je ne prétends jamais être quelqu'un d'autre. Ce sont mes sentiments que je mets sur la scène.
On sent que dans vos textes sont très proches de ce que vous vivez?
On vous offre la vérité. Achetez-la. N'allez pas la télécharger ou en faire des copies. On a écrit ces textes. Shunda a fait sa part, j'ai fait la mienne. Puis nos producteurs ont collé tous les morceaux pour qu'on ne forme plus qu'une seule entité. Cet album est un recueil de notre passé, de notre présent et du futur. C'est pourquoi on l'a nommé «Futuristically speaking». C'est moi qui est trouvé l'expression et Shunda a rajouté «Never be afraid». Le disque est le fruit de notre combinaison.
Au-delà de l'aspect réaliste, on sent aussi une certaine fièreté à s'assumer...
Je viens des quartiers pauvres. J'ai dû apprendre à survivre dans la rue. D'où je viens, rien ne t'est donné gratuitement. Je suis aussi une lesbienne. Pour une partie des hommes que l'on rencontre, Yo! Majesty, c'est un freak show. Mais nous sommes des êtres humains quelle que soit notre sexualité. Nous avons nos valeurs, notre morale.
Plus jeunes, vous faisiez du gospel. La musique de Yo! Majesty est-elle un gospel un peu remanié?
Un peu. Yo! Majesty croit en dieu. Shunda K. a eu la même éducation religieuse que moi. Dans mon quartier, beaucoup de jeunes vont à l'église. Les parents essaient ainsi de le préserver un peu de la rue. C'est une manière d'appartenir à un groupe aux valeurs positives.
Comment en êtes-vous venue à faire du rap?
Quand j'ai rejoint Yo! Majesty, j'ai du apprendre à rapper. Toute ma vie, on m'avait dit : «Qu'est-ce que tu chantes bien!». Mais là j'ai dû repartir de zéro. Yo! Majesty m'a donné l'opportunité d'exprimer l'autre face de ma vie : la rue.
Comment êtes-vous rentrées en contact avec les producteurs britanniques de Hard Feelings qui ont conçu une grande partie de vos beats électroniques?
David Alexander est venu en Floride il y a cinq ans. Il était fou de notre musique. A l'époque, on utilisait comme tout le monde, ces sons typiques du R'n'B. Mais il nous a tiré vers le haut. Il nous a donné ces instrumentaux gratuitement. On écrivait des paroles mais on n'avait pas de musique. Il nous a dit si vous me suivez, votre musique sera jouée partout dans le monde. Depuis le départ, on a ce brûlant besoin d'être entendues. Les gens se moquaient de nous, ne nous montraient aucun amour, nos familles nous avaient renié. La musique était notre bulle de survie.
Vous êtes la première signature rap du label rock Domino (Franz Ferdinand, The Kills...)?
Je ne sais pas trop comment c'est arrivé. En tout cas, ils ont été très respectueux de notre travail et nous ont permis de sortir le meilleur album de tous les temps. Vous pouvez rigoler mais ces connards du quartier rigolaient aussi en nous voyant il y a 7 ans. Ils doivent moins se marrer aujourd'hui.