USA 2008 - Sa suspension de campagne et son souhait de voir le débat repoussé ont augmenté les attentes autour de sa prestation.
De notre correspondant à New York
USA2008
La
chasse au McCain a commencé
chez les démocrates, et elle devrait s’intensifier d’ici au débat qui se tiendra ce soir à l’université d’Oxford dans le Mississippi. Tous lui reprochent d’avoir compliqué des négociations délicates en s’intégrant dans le processus que certains ont qualifié de
«plan de sauvetage de McCain». La suspension de sa campagne devait le relancer en plein recul dans les
sondages, et lui permettre de retrouver son rôle favori de
créateur de consensus. Il
jouait gros dans ce que l’on qualifie de pari «high risk/high reward» (gros risque/grosse récompense). McCain a été obligé de faire machine arrière face aux négociations bloquées sur le plan de sauvetage du système financier. Son intention de pas y participer a surpris alors que
60% des Américains souhaitaient qu’ait lieu ce temps fort de toutes les campagnes présidentielles.
L’horizon s’est assombri
Ajoutez à cela des prestations télévisuelles de Sarah Palin, dont le moins que l’on puisse dire est qu’
elles n’ont guère convaincu, l’horizon s’est assombri d’un coup. McCain est pour l’instant condamné à recevoir des coups après s’être exposé dans
un plan de sauvetage très impopulaire. Les comptes rendus qui filtrent des réunions au sommet de l’administration Bush et du Congrès indiquent que celui-ci est resté plutôt discret. Mais le candidat républicain ne semble pas avoir vu venir le
vent de révolte venu de son propre parti et des rangs les plus conservateurs, qui voient dans le plan un virage trop large vers la social-démocratie. Ceux-ci n’ont par ailleurs jamais vraiment fait confiance à McCain et ont préféré
plaire à leurs électeurs qu’à leur candidat.
La bonne opération d’Obama
La bonne nouvelle pour Barack Obama, c’est que la prise de risque de son adversaire a permis de jeter un voile pudique sur sa propre prestation à Washington. Il s’y est rendu à reculons, le dos au mur, puisque Bush et McCain l’ont convoqué. Il craignait de se retrouver piégé, mais la panique en cours au sommet lui permet aujourd’hui de peindre de couleurs apaisantes
sa propre prudence. «L’injection de politique présidentielle est néfaste aux négociations», avait-il prévenu. Pas vraiment toujours à l’aise lors des débats des primaires, il se retrouve en position de force pour ces soirs.
McCain part donc
avec plusieurs handicaps pour le débat de ce soir, initialement consacré à un thème qui est pourtant son point fort: la politique étrangère. Le modérateur du
débat a déjà annoncé qu’il poserait des questions relatives à la situation économique. Le public étudiant du campus d’Oxford semble avoir
très peu apprécié l’incertitude créée par McCain et pourrait lui compliquer de la tâche. La manière dont il se sortira de cette semaine difficile pourrait pour le coup vraiment le relancer… ou lui mettre la tête sous l’eau.
On attend déjà des
audiences record.
Gilles Bouvaist