INTERVIEW - Perrine a 20 ans. Elle est étudiante en 3e année de médecine à Amiens, la «D1». Elle aussi a été «bizut», c'est l'appellation des nouveaux carabins à la fac, comme la jeune fille interrogée par RTL. Son récit reste nuancé...
Perrine a 20 ans. Elle est étudiante en 3e année de médecine à Amiens, la «D1».
Elle aussi a été «bizut», c’est l’appellation des nouveaux carabins à la fac, comme la jeune fille interrogée par RTL. Son récit reste nuancé.
Que pensez-vous du témoignage diffusé ce jeudi matin?
J’ai été surpris, comme tout le monde ici, et marquée par ce qui s’est dit. Un «bizut» n’a jamais été forcé à faire quoi que ce soit à la
fac d’Amiens.
On parle de danses lascives, de positions sexuelles mimées…
Il y a des chants, et toujours quelques clowns. Mais ce sont toujours les mêmes, souvent des redoublants. Ce sont des metteurs d’ambiance, pas méchants du tout. Ils n’ont jamais forcé qui que ce soit, je le répète, encore moins cherché à dégrader des nouveaux. Ce sont toujours des volontaires qui font les pitres. Pour certains, on peut effectivement parler d’exhibitionnisme. Mais ça s’arrête là.
Quels souvenirs gardez-vous de votre première rentrée à Amiens?
Cela m’a fait plus rire qu’autre chose. Il y a une bonne ambiance ici. Vous savez, médecine, c’est déjà assez dur. Une bonne ambiance rend les choses un peu moins difficiles.
Vous comprenez que cette jeune fille ait pu être choquée par ce qu’elle a vu?
C’est particulier la fac de médecine, surtout quand on sort d’un lycée où on a été très encadré par les profs. On est un peu lâché en pleine nature. Mais la fac ressemble davantage à une grande famille. Les jeux, les chants forment un tout, ça fait partie du folklore.
Le début de l’année est toujours tonitruant…
Oui, cela se calme rapidement avec les examens et le travail. Au début, on élit Miss PO (Pute Officielle) chez les filles et le CDO, le chef d’orchestre, chez les garçons, qui lance les chants.
Miss PO, c’est particulier…
Aucune fille n’est contrainte. Moi, des carrés m’ont proposé de l’être en 1ère année, j’ai dit non et point barre. Je n’ai pas été embêtée. Les filles choisies le sont de leur plein gré. J’ai une copine qui s’est présentée à l’élection de miss PO. Il n’y a jamais eu le moindre malentendu avec les garçons, la moindre atteinte, la moindre insulte. C’est un titre honorifique du début de l’année, qui s’estompe ensuite. Parfois un carré crie PO en cours, et on se met à chanter. Et c’est tout.
Les carrés (les redoublants) pourrissent-ils la vie des bizuts?
Ils n’empêchent pas l’accès aux amphis comme on l’a avancé, en faisant une sélection. C’est juste qu’il faut être en avance pour rentrer, et chaque groupe réserve des places. Les bizuts apprennent ça rapidement. Et je n’ai jamais vu un carré à Amiens empêcher un bizut de prendre ses cours, en l’arrosant par exemple, comme cela peut être le cas dans d'autres facs de médecine.
Le rapport à la sexualité est différent en médecine?
C’est le rapport au corps qui est tout autre. On est vite confrontés au corps de nos patients.
Recueilli par Mathieu Grégoire.