Ian McEwan maîtrise l'art de la première fois

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Publié le 25 septembre 2008.

On n'attendait pas Ian McEwan dans une histoire qui a tout d'une romance à l'eau de rose. Les deux héros de Sur la plage de Chesil (Gallimard) ont tout pour être heureux : Florence et Edward sont jeunes, beaux, promis à la réussite et très amoureux. Elle est violoncelliste, il est historien, tous deux s'apprêtent à consommer leur nuit de noces et à découvrir l'aventure de la chair dans une petite auberge du Dorset. Le roman se situe en 1962, la libération sexuelle n'est pas encore passée par là.

Mais l'auteur d'Expiation ou de L'Enfant volé n'a pas troqué la perversion et les atmosphères troubles contre la bluette. Rien ne se passe comme prévu. Cette nuit de ratage total bouleversera la vie des héros jusqu'à leur mort. Avec un talent de virtuose, le romancier britannique suit cette soirée cruciale en décrivant scrupuleusement les états d'âme de ses personnages. Rien ne lui échappe : les dessous de cette relation sentimentale pas si rose, mêlée d'implications sociales tacites, sont passés au crible de sa sagacité au fil de situations ordinaires. Il semblerait que pour le romancier, l'ultime perversion du couple se trouve dans la virginité jusqu'au mariage. Comme chez Flaubert ou Schnitzler, le déroulement du drame s'appuie sur les détails. McEwan en joue, il s'amuse avec une délectation communicative, poussant au sommet du torride la rencontre d'un pouce avec un poil pubien. Du grand art. Un roman court, mais considérable.

Karine Papillaud - ©2008 20 minutes
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