Les facs se dirigent lentement mais sûrement vers l'autonomie

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Publié le 25 septembre 2008.

1 Des campusà la française

1 Des campusà la française

Sans doute les enfants des étudiants actuels les verront-ils, les fameux « campus du XXIe siècle » de Valérie Pécresse. Nicolas Sarkozy évoquait même des campus à l'américaine, reprenant la proposition de Jacques Attali, en 1998, de transformer les campus en « cadres de vie où les étudiants pourront étudier, se distraire, se loger ».

Le rêve devrait devenir réalité, mais pas tout de suite. Grâce aux 5 milliards d'eu-ros débloqués pour le plan Campus - du moins les intérêts générés par le placement de cette somme -, les dix pôles gagnants pourront lifter leurs bâtiments. Voire ouvrir des bibliothèques numériques, des kiosques et des bars, comme le futur site d'Aubervilliers. Mais l'argent risque de servir surtout à rénover un bâti souvent en piteux état. Les lauréats doivent budgéter d'ici à novembre leur projet.

En outre, les volontaires pourront devenir propriétaires de leurs murs. Comme le souhaitent Corte et Paris-VI : « On va vendre nos bouts de patrimoine éparpillés pour racheter dans le quartier », explique Jean-Charles Pomerol, président de Paris-VI. En résumé, les campus vont se réorganiser, mais en ville, et non comme aux Etats-Unis sur des sites isolés.

2 Un budget en dents de scie

Les vingt facs autonomes au 1er janvier (sur les 85 universités françaises) vont voir leur budget tripler. Mais, comme elles récupèrent la gestion de la masse salariale, « ce sera du pareil au même », explique Jean-Charles Pomerol. L'Unef, principal syndicat étudiant, craint même que le milliard d'euros supplémentaire promis chaque année jusqu'en 2012 « ne passe pas le cap de la rigueur ». Des inquiétudes pèsent aussi sur le budget 2009 au vu des neuf cents suppressions de postes, une première en quinze ans. Mais peut-être que « 1 eur dépensé » a « deux fois plus de résultats quand l'université est autonome », comme l'assure Valérie Pécresse en se basant sur une étude d'un centre de réflexion européen. Par ailleurs, les facs dont le plan licence sera jugé « performant » recevront plus. Et toutes sont encouragées à se rapprocher des entreprises. Clermont-II a déjà créé une fondation universitaire et levé 2,3 millions d'euros. Trente-huit projets du même type sont en cours à La Rochelle, Grenoble-I et Bordeaux. Lyon-I a, de son côté, monté une fondation partenariale et signé un accord avec Microsoft : ses étudiants y réalisent des stages et sont embauchés en priorité.

Enfin, certains présidents misent sur l'arrivée d'euros frais, à terme, grâce à la comparaison avec les facs autonomes étrangères, « qui révélera que nos facs sont pauvres ».

3 Une plus grandeliberté d'action

L'autonomie entraîne une révolution des mentalités comme du quotidien. « Davantage de liberté, plus d'initiative, plus d'innovation dans les cursus », résume J.-C.Pomerol, fervent défenseur de la réforme. L'équipe à la tête de l'université pourra organiser les emplois du temps, recruter des étudiants tuteurs, embaucher un prof étranger « star » ou un chercheur à la pointe. En somme, dépenser l'argent comme bon lui semble. « J'aurai le choix entre remplacer un salarié à la retraite ou faire des travaux », résume un président. La certification des comptes aura lieu, comme en entreprise, une fois par an.

Mais les facs n'auront pas les mains libres à 100 % : la loi ne leur permet toujours pas de sélectionner leurs étudiants ni d'augmenter leurs frais de scolarité. Cependant, certains craignent que les présidents, forts des libertés confiées, ne transgressent la loi. « Autrefois, les présidents accusés de pratiquer des frais illégaux avaient honte, aujourd'hui, ils assument », assure l'Unef.

4 Un nouveau classement des facs

Les célèbres classements de Shanghai ou du Times s'entêtent à faire figurer chaque année les universités françaises en bas de tableau. Il était temps qu'un nouveau système intègre les spécificités du génie hexagonal. Le classement européen, qui verrait le jour d'ici deux à trois ans, devrait s'inspirer du CHE allemand. Sa méthode est simple : chaque discipline est évaluée par les profs - sous forme d'une question : « Où mettriez-vous votre fils s'il voulait faire des maths? » - et par les étudiants eux-mêmes. La couleur attribuée - rouge, orange ou vert - tient compte de trente critères, comme la qualité des cours, la richesse de la bibliothèque ou la vivacité de la vie étudiante. Ainsi, le master d'anglais de Dortmund est mis en concurrence depuis dix ans avec celui de Francfort. Les faiblesses et les forces des facs lilloises ou franciliennes seront mises à nu. A la clé, l'arrivée massive ou la désertion des étudiants, y compris étrangers.Laure de Charette

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