FOOTBALL - Entretien avec l'auteur de la biographie non-autorisée de Zinédine Zidane...
Après plus de deux ans d’enquête, Besma Lahouri publie le 24 septembre chez Flammarion une des biographies les plus attendues sur le plus grand joueur français de tous les temps: Zinédine Zidane. Entretien.
Expliquez-nous d’abord les difficultés que vous avez eues à écrire ce livre...
Sur mes trois ordinateurs qui contenaient le manuscrit, deux ont été volé chez mon éditeur et une amie. L’affaire est en cours et je ne sais toujours pas si ces vols sont des coïncidences. Ce que je sais, c’est que ce livre a été très long à écrire. Son père, Smaïl, voulait bien me parler puis, tout d’un coup, l’entourage m’a dit non. En fait, Zidane m’a bloqué les portes pour trois raisons: il voulait que je lui demande l’autorisation, il ne me connaissait pas (et la confiance met dix ans à s’installer avec lui) et il n’avait aucun intérêt financier dans l’affaire. Quand Zidane a remarqué que je rencontrais plein de monde, son agent m’a appelé pour qu’on annule tout. A cette condition, je pouvais obtenir la faveur d’un entretien avec Zidane. J’ai refusé.
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Zidane fait-il tout par intérêt financier?
Il suffit de regarder. Canal+, son voyage au Bangladesh avec Danone, les assurances, les DVD sur sa carrière coproduits avec Meunier, même l’association ELA est parrainée par Danone. Lui n’a jamais rien donné à cette structure.
Vous revenez longtemps sur le coup de tête de la finale 2006. Comment expliquer la violence qui jalonne la carrière de Zidane?
Ses premiers entraîneurs pro, Guy Lacombe et Rolland Courbis, me l’ont expliquée par le fait que Zidane est un gamin qui vient du foot de la rue. Sur le bitume, si on vous manque de respect, vous frappez. OK. Mais tous les joueurs issus de banlieue ne prennent pas 14 cartons rouges durant leur carrière. Grâce à son aura, Zidane a acquis au fil des années une impunité. Rien ne justifiait le coup de tête sur Materrazzi. Mais Raymond Domenech ne lui a rien dit, Jacques Chirac l’a pris dans ses bras au lendemain de la finale et les médias n’ont pas été sévères. Forcément, tout le monde veut être sur la photo avec lui. Pourtant, le premier à regretter ce geste, c’est Zidane. A la fin de cette finale, qui est son dernier match, il avait prévu de montrer au monde entier un tee-shirt remerciant plein de monde, comme sa famille. Il a raté sa sortie.
Dans votre livre, on découvre un Zidane parfois enfantin, parfois très adulte, notamment dans ses relations avec les sponsors...
Zidane a le don extraordinaire de réussir à tout cloisonner. Lorsqu’il rencontre Laurent Boyer, il est comme un enfant et lui pose des questions sur le «Fréquenstar» de Yannick Noah. Ses potes connaissent cet aspect-là. Pas ses sponsors. Il a appris à cacher ses joies et en est conscient. Lors de l’avant-première de son film «Zidane, un portrait du 21e siècle», il se regarde marquer un but avec le Real et rester impassible alors que ses coéquipiers sont fous de joie. Sur son siège, il se lance à lui-même d’un air moqueur: «Vas-y, cache ta joie…» Il est suivi par tellement de monde qu’il est devenu le Roi Soleil. Il est enfermé dans sa Tour. Pour les sponsors, il représente les valeurs de timidité, de douceur, de pudeur, un bon père de famille… Ses côtés rancuniers, ombrageux sont cachés. Beckham et Maradona s’en foutent. S’ils ont envie d’aller en boîte, ce n’est pas un problème.
La célébrité lui pèse-t-elle?
Elle ne lui pèse pas à partir du moment où elle lui rapporte de l’argent. Après la Coupe du monde, il a déposé une structure financière à Fribourg en Suisse pour gérer la marque Zidane et on estime qu’il gagne encore 35 millions d’euros à l’heure actuelle. Le revers de la médaille est le harcèlement: Zidane sort toujours dans la rue un bonnet vissé sur la tête, il connaît par cœur les rayons des supermarchés pour s’y arrêter le moins longtemps possible…
Comment expliquez-vous son manque d’engagement au moment de l’envahissement du terrain lors du match France-Algérie en 2001 ou lors des émeutes dans les banlieues?
Zidane a des opinions. Lorsque le roi espagnol, Juan Carlos, lui demande de venir manger avec le président algérien Bouteflika, Zidane lui répond: «Mais je suis français, pas algérien…» Mais Zidane est devenu une marque et une marque ne peut pas avoir d’aspérité. Quand Jamel Debbouzze le pousse à s’engager pour Ségolène Royal, Zidane pense plutôt aux 53% des Français qui n’ont pas voté pour elle.
Propos recueillis par Mathieu Goar