« J'ai encore tant à dire, en aurai-je le temps ? »

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Publié le 22 septembre 2008.

Elie Wiesel

Elie Wiesel

Auteur du Cas Sonderberg (Grasset).

Vous êtes, entre autres, philosophe, professeur et Prix Nobel de la paix. On vous considère comme une conscience du monde...

Mais je ne l'accepte pas. Il n'y a pas de conscience par procuration, c'est trop facile ! Je suis ma propre conscience, à chacun sa responsabilité.

Vous aurez 80 ans à la fin du mois. Quels sont les sujets qui continuent de vous obséder ?

La mémoire, toujours, et la connaissance véritable, celle qui a trait au mysticisme et au sens du sens. Ce livre est mon cinquantième, et j'ai l'impression de ne pas avoir commencé à écrire. J'ai encore tant à dire, en aurai-je le temps ?

Dans votre nouveau livre, la culpabilité a plus à voir avec ce qu'on est, l'identité, qu'avec le jugement moral...

Pendant la guerre, les Juifs ont été condamnés pour être juifs. Jusqu'alors, on pouvait être condamné pour sa foi, ses actes, sa fortune ou ses mensonges. C'était la première fois que des êtres humains l'étaient pour leur identité. En ce temps, il arrivait donc que l'identité soit immorale.

Vous êtes né et avez passé votre enfance en Transylvanie. Vous sentez-vous roumain ?

J'ai une nostalgie pour Sighet, ma ville natale. La première fois que j'y suis retourné après la guerre, je n'ai pas reconnu l'endroit : rien n'avait changé, tout était là, sauf les Juifs. Je me suis senti en pays étranger.

Comment garder la foi quand on a, comme vous, vécu Auschwitz et Buchenwald ?

Ma passion pour les études et la rigueur de l'enseignement m'ont sauvé de la folie. Mais ma foi est blessée. C'est une fidélité à mes parents disparus, mais je ne crois pas en Dieu.

Quel regard portez-vous sur les jeunes générations ?

J'enseigne depuis quarante ans, j'aime mes élèves et j'ai pitié pour eux : ils entrent dans un monde pervers. Je voudrais leur enseigner l'espérance. Alors je pense aux victimes qui se mariaient dans les ghettos ou à la Libération. Si ces gens-là ont eu le courage d'espérer, comment oserions-nous ne pas les suivre ?

Recueilli par Karine Papillaud - ©2008 20 minutes
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