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La crise financière en six questions

Le palais Brongniart, place de la Bourse à Paris
Le palais Brongniart, place de la Bourse à Paris/Jean-Pierre Muller AFP/Archives

ARGENT - Le sauvetage du géant de l'assurance américain AIG n'a pas rassuré les marchés. Panique à bord...

Finis les propos lénifiants: les politiques commencent à admettre qu'il y a le feu au lac. Depuis la faillite, lundi, de la banque d'affaires Lehman Brothers, les géants de Wall Street s'abattent comme un château de cartes. Morgan Stanley et Washington Mutual étaient hier sur la voie d'un rachat d'urgence, tout comme le britannique HBOS. Même Goldman Sachs, réputé le plus solide, voyait son action fondre. Un effet domino préoccupant pour la sphère financière mondiale, tant les liens sont nombreux entre les acteurs, et qui a fait chuté les Bourses du monde entier. Dépassée par l'enchaînement des événements, la banque centrale américaine (FED) arrive au bout de son carnet de chèques : elle a mis 185 milliards de dollars à disposition de cinq de ses homologues, dont la Banque centrale européenne (BCE). Du coup, le Trésor américain a annoncé qu'il allait lever 100 milliards de dollars pour la renflouer. «Nous naviguons dans des eaux inexplorées», s'est alarmé le sénateur républicain Richard Shelby, tandis que le président américain promettait de «s'engager pour stabiliser les marchés». Décryptage.

1 Comment la crise a-t-elle démarré?

Aux Etats-Unis, avec l'emballement de l'immobilier. Après le 11 septembre 2001, la Banque centrale américaine (FED) a baissé ses taux de 6,5% à 1% afin de doper l'économie, rendant par là même le crédit moins cher. Les établissements de crédits et banques se sont alors lancés dans une activité immobilière frénétique, faisant exploser les prix. De surcroît, les prêts consentis étaient souvent très risqués par rapport à la solvabilité des emprunteurs (les fameux «subprimes»). Ce phénomène a pris une dimension financière quand ces emprunts ont été transformés en titres financiers et revendus à des investisseurs, attirés par leur rendement. Avec la hausse des taux de la FED, les ménages, qui souscrivent majoritairement des prêts à taux variables, ont été pris à la gorge. Tandis que leurs mensualités augmentaient, les défauts de paiement ont bondi et ceux qui avaient acheté les produits financiers basés sur ces emprunts ont perdu leur argent.

2 Pourquoi est-ce une crise mondiale?

Les banques de la planète sont interdépendantes parce qu'elles se prêtent de l'argent, investissent les unes chez les autres et dans les mêmes fonds. Les produits financiers basés sur les crédits immobiliers américains ont circulé dans les portefeuilles des banques et fonds d'investissements du monde entier sans que les risques ou même la nature réelle des produits soient vraiment connus. Concoctés par des génies de l'ingénierie financière, ils ont été mal évalués par les agences de notation, qui garantissaient qu'ils étaient sûrs.

3 Que risquent les banques françaises?

Depuis un an, la crise des «subprimes» leur a coûté 18 milliards d'euros. Après la déroute de Lehman Brothers, Bercy a évoqué des répercussions «limitées». Pourtant, la banque américaine doit à ses homologues français près de 4 milliards d'euros. Celles qui ont prêté le plus d'argent à leur consoeur, sans garantie et donc sans espoir de recouvrement, sont BNP Paribas (405 millions d'euros), la Société générale (479 millions d'euros), le Crédit agricole (270 millions d'euros) et Dexia (350 millions d'euros). Si les analystes croient dans la solidité du secteur bancaire en France, l'Association française des usagers des banques a indiqué avoir reçu en trois mois 250 appels et courriers de clients inquiets.

4 Quel est l'impact sur les entreprises?

Les banques rechignent à prêter. Des milliers de PME sont au bord de la faillite, selon le Cerf, une fédération qui les représente. Et celle-ci juge «très insuffisante pour faire face à la crise» les 30 milliards d'euros prévus par les ministres européens des Finances pour les aider sur quatre ans. La patronne des patrons, Laurence Parisot, redoute « beaucoup, beaucoup de répercussions sur l'investissement » des entreprises.

5 Quel est l'impact sur les ménages? 

Leur pouvoir d'achat est en jeu. Déjà, l'emploi pâtirait d'un ralentissement de la croissance mondiale et d'une baisse de la production des entreprises. Mais les ménages subissent aussi le «resserrement» du crédit. Les conditions exceptionnelles de ces dernières années dans l'immobilier (financement à 100% sans apport, sur plus de vingt-cinq ans, prêts relais importants) sont révolues. Mais les prix restant encore très élevés, le nombre de transactions a chuté dans le neuf comme dans l'ancien. Les grandes villes restent chères, tandis que certaines régions commencent à enregistrer de nettes baisses. Reste qu'en France, contrairement aux Etats-Unis, un prêt est toujours consenti en fonction des ressources, et les taux fixes sont largement majoritaires. Les spécialistes écartent donc le scénario d'une bulle.

6 Que font les autorités financières?

Les banques centrales jouent les pompiers en prêtant quotidiennement des milliards de dollars aux banques pour équilibrer leurs opérations à court terme. Elles disposent aussi d'un autre levier : le taux d'intérêt. Pour l'heure, ni la Banque centrale européenne ni la FED n'ont opté pour une baisse, craignant de relancer l'inflation et les excès immobiliers. Enfin, les gendarmes des marchés s'interrogent sur la nécessité de réguler les produits financiers et les acteurs du secteur, comme les agences de notation.

Angeline Benoit et Jade Gilles - ©2008 20 minutes
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