Adapter en bande dessinée le chef-d'oeuvre de Saint-Exupéry était un pari audacieux, que Joann Sfar ne remporte qu'en partie. Sa version du Petit Prince (Gallimard), qui respecte le texte original, est bien empreinte de la même poésie un peu mélancolique qui habite ce monument du patrimoine culturel mondial. Et cette idée de représenter le narrateur au coeur de l'action offre un angle inédit, et intéressant, sur l'oeuvre. Mais sa lecture est trop souvent contrariée par un graphisme hésitant, presque brouillon (bien que relativement fidèle aux aquarelles originales). On reproche d'ailleurs souvent à l'hyper-productif Sfar, qui revendique un statut de « raconteur d'histoires », sa tendance à délaisser le dessin au profit du récit. Peut-être devrait-il se souvenir, a fortiori quand il raconte les histoires des autres, que « Qui trop embrasse, mal étreint ».