Antisémitisme et agressions dans le 19e arrondissement : «on jette parfois inutilement de l'huile sur le feu»
Créé le 16.09.08 à 21h10
Mis à jour le 16.09.08 à 21h27
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FAITS DIVERS - Un agent de police explique le travail sur le terrain et revient sur l'emballement consécutif à certaines affaires...
Les policiers sont montés au créneau ce mardi. Et on les sent passablement agacés par les affres du 19e arrondissement et la façon
dont ils sont relayés publiquement. Comme le Syndicat national des officiers de police (Snop, l’organisation majoritaire) pour souligner que l’agression de trois jeunes juifs du 6 septembre dernier
n'était «pas antisémite».
Dans un communiqué, il «félicite les enquêteurs qui, dans un contexte de pression médiatique, associative et politique, ont su faire avancer l'enquête» sur cette agression «et démontrer qu'heureusement, les faits ne sont pas antisémites».
20minutes.fr a interrogé Julie Clément, conseillère technique à
Synergie officiers et en poste dans le 19e arrondissement entre 1999 et 2002.
Qu’est ce qui pose problème dans cet arrondissement?
C’est une ville dans la ville. C’est l’un des arrondissements les plus peuplés de Paris, avec plusieurs cités, ce qui fait qu’on peut avoir des problèmes similaires à ceux rencontrés en banlieue parisienne.
Vous avez connu ces rivalités de bandes?
Oui, de petites cités montées l’une contre l’autre. Dès que la première empiète sur le territoire de la seconde, la situation se dégrade. On peut comparer ce type d’affrontements à ce qui s’est passé à la Défense, où plusieurs groupes de jeunes de Nanterre ont réglé leurs comptes. Mais il faut aussi souligner que les bandes ont souvent le même fonds de commerce, le trafic de stupéfiants. On se dispute le contrôle des affaires.
Les effectifs ont été renforcés depuis le début de la crise et peuvent atteindre jusqu’à 130 policiers…
C’est à la fois énorme et insuffisant. Enorme, sur le principe, par rapport aux effectifs traditionnels, mais pas assez si on se lance dans des investigations très longues pour que des «têtes» tombent, notamment pour trafic de stups, et que le quartier soit apaisé pour plusieurs mois.
On a l’impression d’une gradation dans les moyens utilisés…
Le coup de couteau a toujours existé. Mais il y a effectivement un problème lié à l’apparition des armes. Ce n’est pas difficile pour quelqu’un du 19e de trouver un fournisseur. La Seine Saint-Denis est juste derrière, les chemins d’accès sont simples avec les cités du 93 (Bobigny, Aubervilliers) et une économie n’a pas de mal à se former.
Que pensez-vous des accusations d’antisémitisme qui ont surgi après plusieurs agressions dans le 19e arrondissement?
J’ai l’impression que les médias montent un peu ces affaires, et que cela débouche sur des interprétations des politiques qui n’ont pas lieu d’être. Et nécessairement, cela rend le travail sur le terrain plus difficile. Si on rajoute des mobiles plus graves à des faits qui sont simplement crapuleux et concernent des voyous, c’est problématique. Il est important qu’on soit vigilant sur les droits des individus, mais on jette parfois inutilement de l’huile sur le feu.
Quels souvenirs gardez-vous de votre service dans le 19e?
Beaucoup d’attachement à ce quartier très mélangé, mais aussi beaucoup de stress. Comme le 18e et le 20e, il fait partie des arrondissements difficiles. Si sa population est en perpétuel mouvement, la plupart des problèmes de délinquance restent ancrés dans les petites cités. Par exemple, la délinquance du 1er arrondissement est essentiellement de passage. Dans le 19e, tout reste en place. Globalement, il y a moins de trafic de stupéfiants qu’avant. Mais j’ai rarement vécu des agressions comme celles qui ont éclaté ces derniers jours.
Recueilli par Mathieu Grégoire.
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