FAITS DIVERS - Les rivalités entre bandes expliquent la série de violences connues par le quartier parisien...
Djamel a été tué par balles dans un fast-food du 19e arrondissement parisien dans la nuit du 7 et 8 septembre.
Deux jeunes ont été poignardés ce lundi dans
la rue de Crimée, qui traverse le quartier. «Et les politiques, comme Bertrand Delanoë ne parlent que d’antisémitisme», soupire Linda, une mère de famille de 37 ans, en faisant allusion
à une autre affaire autrement plus médiatisée. Une bagarre entre plusieurs jeunes, dont trois portaient la kippa. Six sont en garde à vue actuellement. Cette agression n’est pourtant qu’un épiphénomène, un affrontement «stupide» après un tir de pistolet à billes. «Il faut arrêter de parler d’antisémitisme et de guerre des religions dès qu’il y a une kippa dans l’histoire, déplore Linda. Il n’y a pas plus d’antisémitisme qu’ailleurs.»
«Ils se prennent pour des gangstas»
Le problème est tout autre pour celle qui habite le quartier depuis dix ans, rue des Ardennes: «Le véritable souci du 19e arrondissement, ce sont les règlements de compte.» Et notamment une rivalité sans faille entre les cités
Curial-Cambrai et
Riquet-Orgues de Flandres. Cette guéguerre est simple: «Les jeunes des deux camps aiment bien se frictionner, pour une histoire de shit, de filles, de portable… ça dépend. Ils se défient pour des trucs débiles. Ils se prennent pour des gangstas, font comme dans les clips de rap à la mode. Et ils sont fiers de faire des conneries.»
Comme dans les vieilles rivalités, on ne sait plus trop pourquoi tout cela a commencé. Un tournoi de foot qui s’est envenimé, le vol d’un blouson ou d’un scooter… Aujourd’hui, la distinction entre les deux camps est implacable, on est un gamin de Riquet ou de Cambrai, et on ne se mélange pas.
Vendetta
La mort de Djamel est le plus sordide rebondissement de ce fil rouge qui se tend depuis une bonne dizaine d’années. Selon un habitant du quartier, un copain de Djamel aurait été l’auteur de plusieurs coups de marteaux dans une rixe début septembre au quartier de Curial-Cambrai entre les bandes des deux cités. Djamel, originaire de Riquet, aurait été victime de représailles, tout simplement. Si les raisons des affrontements sont invariables, des armes de poing et des pistolets ont remplacé les couteaux et les poings américains d’autrefois. Et au moindre regain de tension, le danger est désormais exponentiel. Trois jours après la mort de Djamel, Moussa, de la cité Cambrai, a été blessé par balle à la jambe. La vendetta continue.
«L’arrondissement n’est pas un no man’s land, il ne manque pas grand-chose pour que ce soit un quartier idéal… un peu moins de deal et de chômage, principalement, dit Linda, dont les deux enfants font parfois du karaté à Cambrai. Il faut juste s’occuper d’une minorité d’agités qui traîne près des écoles et des collèges.» Elle n’ira pas ce mardi soir à la réunion publique organisée par le maire PS du 19e, Roger Madec, et le commissaire de police du quartier: «Ce sera un bureau des plaintes, évidemment. Les gens qui veulent changer les choses seront là, pas les familles des délinquants. C’est bien de se réveiller maintenant, mais c’était il y a trois mois,
après l’agression de Rudy, qu’il fallait faire une réunion et mettre les problèmes sur table.
Bain de sang
Un jeune locataire de
la rue de l’Ourcq avoue lui son inquiétude: «On est encore en période de Ramadan, et cela freine les agresseurs. J’espère qu’on n’aura pas un bain de sang début octobre.»
Djamel a été enterré ce mardi matin au cimetière musulman de Thiais, dans le Val-de-Marne.
Mathieu Grégoire