Il y a des nazis dans les couloirs du théâtre du Rond-Point. On croyait tout savoir du national-socialisme, on se trompait : un document inédit, retrouvé dans les archives de l'assureur Allianz, a permis à Jacques Attali d'écrire une pièce saisissante. Du cristal à la fumée* raconte comment l'extermination des Juifs s'est réellement décidée. C'était en novembre 1938, deux jours après la nuit de Cristal où 7 500 commerces et entreprises juives sont détruits. Les nazis n'ont pas les moyens de rembourser les assurances de ces sociétés, alors ils décident de supprimer les Juifs.
Sur scène, les acteurs répètent, pour la première de ce soir, cette réunion hallucinante qui a changé la face du monde. « Les nazis sont coincés, explique Daniel Mesguich qui a adapté le texte et mis en scène la pièce. Devant nous, une poignée de voyous cinglés inventent la solution finale. » Sur une scène habillée de sept grands miroirs rétroéclairés, d'un aigle à deux têtes et de trois longues tables, les douze acteurs peaufinent leur jeu, subtilement guidés par Mesguich : l'équipe travaille en justesse, sans temps mort, pour un « spectacle » fascinant qui décrypte les liens entre rationalité et folie. Rien n'est laissé au hasard, jusqu'aux rugissements sourds qui ponctuent les passages clés, et donnent l'impression qu'« il y a des individus mais un seul monstre ». Bernard-Pierre Donnadieu est un Goering impressionnant, Eric Verdin, un Bürckel plus vrai que nature et Xavier Gallais plante sans excès un Goebbels humilié, au bord de la folie.