Décryptage - Après la chute de Lehman brothers, difficile de savoir à qui peut profiter la crise.
De notre correspondant à New York
USA2008
Que peut faire un candidat présidentiel face à une crise de l’ampleur de celle qui secoue Wall street ?
D'abord il y a eu lundi matin
les grandes déclarations d'intention:
Obama a affirmé ne pas vouloir rejeter «la faute pour ces problèmes sur le sénateur McCain, mais sur la philosophie à laquelle il adhère (…). Une philosophie qui pense que même des régulations de sens commun sont inutiles et dangereuses et que nous devrions juste enterrer notre tête dans le sable et ignorer les problèmes financiers jusqu’au moment où ils virent à la crise.»
De son côté, McCain a répété ce matin que «des réformes majeures doivent être accomplies à Washington et à Wall street, Nous ne pouvons pas tolérer un système qui handicape nos marchés et nos banques et menace les économies des Américains qui travaillent dur et des investisseurs. L’administration McCain-Palin remplacera le patchwork dépassé et inefficace de régulations à Washington afin d’amener de la transparence à Wall street.»
Sortir du bois
Mais après une semaine lourde d’invectives et d’attaque, les deux candidats
vont devoir sortir du bois et révéler en détails
leurs propositions pour sortir de la crise.
A première vue, tout ce qui peut recadrer le débat sur l’économie est bon à prendre pour les démocrates. L’arrivée d’un ouragan sur le secteur financier n’est pas de nature à inciter les électeurs à se tourner vers le parti de l’administration sortante. Néanmoins ceux-ci feront-ils confiance en ces temps d’incertitude à un candidat arrivé tout juste sur le devant de la scène ?
Remise à plat ou consolidation?
Obama
s’est depuis longtemps prononcé en faveur d’une remise à plat des
régulations du secteur financier: surveillance fédérale accrue des établissements auquel le gouvernement prête de l'argent,
accroissement en terme d'exigences de capital requis pour les montages financiers complexes. Il a également proposé de créer une nouvelle commission de surveillance du marché financier tout en coordonnant davantage les agences de régulation existantes (
Security exchange commission et
Financial Industry Regulatory Authority, par exemple).
John McCain s'est montré moins disert
sur la question. Fidèle à son credo –"le gouvernement n'est pas la solution à tout"–,
il a affirmé sa méfiance à l'égard de l'intervention des pouvoirs publics sur le marché financier (il a jugé le sauvetage de Freddie Mac et Fannie Mae
"malheureux, mais nécessaire"). Il a jusqu'ici affirmé préféré une consolidation des agences existantes. Mais ses récentes déclarations (voir plus haut) signalent qu'il pourrait
nuancer sa position.
L'intervention du gouvernment en question
Pour John McCain, la donne se complique par la présence parmi ses conseillers économiques de
Phil Gramm, devenu célèbre en juillet dernier dernier pour avoir parlé de «récession mentale». Problème, Phil Gramm est
trempé jusqu’au cou dans la dérégulation du secteur bancaire et les démocrates ne manqueront pas de souligner ce facteur (comme Obama qui a
insisté sur ce point dans son discours de Denver fin août).
Mais la crise actuelle et
l'action massive du gouvernement américain, notamment
du Trésor et de la Réserve fédérale posent un problème plus large: dans quelle mesure le gouvernement peut et doit-il intervenir pour prévenir une crise en dominos sur les marchés financiers ?
L’interventionnisme du gouvernement –notamment via son
sauvetage des organismes de crédit Freddie Mac et Fannie Mae, de la banque d’investissement
Bear Sterns et l
e plan de stimulation fiscal d’une ampleur inédite lancé par l'administration Bush et le Congrès– semble avoir mis un terme à l'époque du moins-disant régulatoire. De quoi rassurer les électeurs américains? Réponse le 4 novembre prochain.
Gilles Bouvaist