France Bleu Drôme-Ardèche : «C'est un préfet d'un autre siècle»

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Publié le 12 septembre 2008.

MEDIAS - La station est boycottée par le préfet de l'Ardèche. Un journaliste raconte les dessous de cette histoire...

C’est la goutte d’eau… Jeudi, le préfet de l’Ardèche, Claude Valleix, a interdit à un journaliste et au rédacteur de France Bleu Drôme-Ardèche d’accéder à une conférence de presse sur les intempéries qui ont frappé le département ces derniers jours.

La dernière provocation d’une longue querelle. Alors que deux responsables de Radio France sont venus ce vendredi rencontrer le haut fonctionnaire, un journaliste de la station, qui souhaite conserver l’anonymat, nous raconte les dessous de cette brouille.

Comment tout cela a-t-il commencé?
C’est une vieille histoire. Ça fait exactement 16 mois que cela dure. Un jour du Congrès des maires de l’Ardèche, un collègue de France Bleu Drôme-Ardèche a voulu interviewer le préfet à propos d’une famille de sans papiers de Tournon. Tous les élus locaux soutenaient ces gens bien intégrés, dont le fils par exemple jouait au foot dans l’équipe locale. Au congrès des maires, le journaliste estime donc qu’il est normal de demander une réaction au préfet, qui avait signé un arrêté de reconduite à la frontière de cette famille. Claude Valleix s’est emporté et a trouvé scandaleux qu’on puisse l’interroger sur autre chose que le Congrès…

Le boycott de votre radio est parti de là?
Oui, et ce différend a enflé. Il est devenu impossible de discuter avec le préfet… Il a donné des consignes à ses subordonnés, nous n’avions plus accès aux membres des services locaux de l’Etat, comme la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales quand il fallait pourtant parler de mesures sanitaires importantes prises en Ardèche.

Et jeudi…
Nous n’avions pas reçu l’invitation pour cette conférence de presse sur les intempéries, mais nous avions prévu d’y aller. Pourtant, France Bleu fait partie du collège de la sécurité civile en cas de crise. Nous avons décidé d’y aller quand même, et vous connaissiez la suite…

L’attitude du préfet a-t-elle été dommageable pour votre travail?
On a souvent réussi à contourner son blocus pour accéder aux fonctionnaires que nous voulions interroger. Mais on a sans cesse des soucis. Au printemps dernier, une rave party s’est tenue sur la montagne ardéchoise, le préfet devait prendre des mesures de sécurité, pour la circulation… Nous avons appelé la préfecture pour connaître toutes ces modalités, on nous a répondus: “On vous appellera pour la conférence de presse.” A France Bleu, nous attendons toujours le coup de fil…

C’est donc un problème strictement local, cela ne vient pas de plus haut?
Non, c’est ce préfet, il est d’un autre siècle, d’un autre monde. Il pense que les journalistes doivent ouvrir leur micro et se taire, sans lui poser la moindre question. Il nous a même soupçonné de déformer sciemment ses propos sur un papier qui valorisait son travail sur la sécurité routière. Nous allons voulu l’inviter à une émission en direct, il voulait d’abord les questions d’avance, puis il pensait que nous allions le couper, le piéger... C’est tombé à l’eau.

Deux responsables de Radio France l’ont rencontré ce matin…
Oui, un spécialiste des questions avec le ministère de l’Intérieur, et un directeur de la rédaction de France Bleu.

Tout pourrait donc rentrer dans l’ordre.
Je ne suis pas sûr que ça débloque la situation. Il a encore traité un confrère d’Aubenas de «fourbe» ce vendredi, et sa directrice de cabinet parle de «méthodes de voyous» à notre encontre.
Recueilli par Mathieu Grégoire.
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