Au départ, Benoît XVI devait uniquement venir en France pour les 150 ans de l'apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous. Mais ce voyage pastoral a vite pris des airs plus politiques. Dès sa descente d'avion ce matin, le pape sera accueilli par Nicolas Sarkozy, avant de se rendre à l'Elysée pour un entretien avec le chef de l'Etat. Une occasion pour les deux hommes d'échanger sur le concept de « laïcité positive » lancé par Nicolas Sarkozy dans son discours du Latran fin 2007, et qui a ranimé la polémique dans l'Hexagone. Le chef de l'Etat avait alors insisté sur « les racines chrétiennes de la France », avant d'ajouter un mois plus tard en Arabie Saoudite que « Dieu n'asservit pas l'homme, mais le libère ». Un discours en phase avec la ligne du Pape, qui estime que l'Europe, et notamment la France, ne s'inspirent pas suffisamment de « la sagesse des grandes traditions religieuses », au profit d'« une forme de rationalité qui exclut totalement Dieu de la vie de l'homme », selon le cardinal Poupard.
Une osmose Sarkozy-Ratzinger qui choque plusieurs politiques - François Bayrou notamment - et intrigue les spécialistes. « Les rapports Eglise-Etat sont apaisés depuis longtemps en France. Sarkozy, en réveillant de vieilles querelles, va à contre-courant de la réalité française, où le clergé comme la société ont le souci d'un statu quo plutôt que d'un changement », estime Frédéric Lenoir, directeur du Monde des religions.