TENDANCE - Bienvenue sur le dance-fleur, là où on bouge son body pour sauver la planète.
Lorsqu’il avait été présenté l’an dernier sur le Net, il fleurait bon le projet farfelu. Aujourd’hui, il sent la sueur. Le Sustainable Dancefloor, une piste de danse qui génère de l’électricité à partir des mouvements de pied des clubbeurs a livré ses premiers joules le
2 septembre au biennommé club Watt de Rotterdam.
Pour l’occasion, Iggy Pop a grillé quelques calories sur scène devant un parterre plein comme un œuf bio. Les 18 mètres carrés de piste écolo du club n’auront assuré que 12 % des besoins énergétiques de l’établissement ce soir-là, loin de l’objectif de 50 % affiché. «C’est peu, mais on espère faire mieux dès qu’on aura suffisamment d’argent pour agrandir la piste», explique Aryan Tieleman, le proprio. Ces petit pas de danse pour le clubber seraient selon lui un grand pas pour la planète. Car si aucune étude sérieuse n’existe sur le sujet, les discothèques, leurs shows laser et leurs murs de son, n’ont pas la tête d’un premier de la classe verte.
Et l’enjeu dépasse le simple impact environnemental des parties : le clubbing écolo contribuerait également à sensibiliser les jeunes. «Introduire une conscience du développement durable dans ces lieux est une bonne chose, estime Virginie Rogez, consultante pour le programme Action Carbone. Ca permet une appropriation différente, ni culpabilisatrice ni trop pédagogique.»
Moins d’eau, plus de bio
Le club Watt ne se contente pas, en effet, de transformer les fans de techno en hamsters fluos sur piste dynamo, il fait de la protection de l’environnement son principal argument marketing. Récupération de l’eau de pluie, traits de pression raccourcis pour économiser l’énergie humaine, bière bio et bouteilles géantes recyclables... Aryan Tieleman est fier de faire visiter sa boîte éco-conçue. Et mise sur la conscience verte des Néerlandais pour rembourser rapidement les six millions d’euros investis. A ce rythme, il pourrait vite faire son foin. Samedi dernier, l’ambiance était électrique sur la piste. « Ce qui prime pour moi, c’est la programmation. Mais ici en plus, je fais un geste pour la planète, c’est encore mieux », explique Clara, à quelques centimètres de la jauge qui évalue la performance énergétique des danseurs.
Si sa piste fait un carton, le Watt devrait pouvoir la recycler dans le monde entier. Londres compte déjà sa place verte. Le Surya, ouvert en juillet, revendique lui aussi le titre de pionnier de l’écolo-clubbing. Ses urinoirs sans eau et ses éoliennes ont fait du maître des lieux, Andrew Charalambous, une icône du combat pour la planète. Celui qu’on surnomme Dr Earth a un crédo : « Dansez pour sauver le monde. » Et pour ne jamais manquer de sauveurs, il offre l’entrée à quiconque vient au club par un moyen non polluant.
L’idée devrait être reprise à New-York, au Greenhouse, qui poussera en octobre. Sa piste ne produira pas d’électricité mais elle sera conçue en produits recyclés, comme le Worm, à Rotterdam qui aligne déjà les teufeurs vannés sur des sièges auto de récup et des canapés en pneus usagés.
La France envers et contre tous
La France ne semble pas pressée de leur emboîter le pas. «En règle générale, les entreprises tricolores sont mauvaises élèves en la matière. Alors ce n’est pas surprenant que nos clubs soient à la traîne», estime Patrick Malvaës, responsable du Syndicat national des discothèques et lieux de loisir. A sa connaissance, aucun établissement de ce type n’est en projet dans l’Hexagone. Seuls des festivals, comme la techno-parade, ont mis la protection de l’environnement au cœur de leurs programmes. Il faudra donc attendre encore un peu pour qu’un barman français vous offre du vert.
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