ENQUETE - Il aurait tenté d'enlever un enfant en 2006, dans la Vienne. La police remonte sa longue errance à la recherche d’autres actes criminels...
La traque commence à porter ses fruits. Le parquet de Bourg-en-Bresse vient d’être saisi d'une enquête pour tentative d'enlèvement d'enfant en 2006, dans la Vienne. Et elle vise Stéphane Moitoiret, le principal suspect dans le meurtre du petit Valentin, l’enfant tué à couteau à Lagneu au mois d’août.
Il aurait tenté d'enlever en août 2006, dans un village de la Vienne, un garçon de 5 ans, également prénommé Valentin, aux abords d'une salle où s'était déroulé un mariage la veille.
L'enfant était un «élu»
Une femme, qui surveillait les enfants présents à la noce, avait aperçu Moitoiret emmenant le petit. Le marginal aurait affirmé que l'enfant était un «élu». Quelques jours plus tard, Moitoiret serait même revenu en compagnie de Noëlla Hégo proposer de l'argent en échange de l'enfant.
Cette femme a reconnu le couple de marginaux grâce aux portrait-robots diffusés dans la presse, et leur présence dans la région à cette époque est attestée par des élus locaux qui avaient relevé leurs noms.
Cold cases
C’est le premier rapprochement entre l'assassinat de Valentin et d'autres crimes. Mais l'errance du couple de marginaux intrigue énormément les enquêteurs. La police judiciaire a ressorti des archives ses
cold cases, les affaires non élucidées.
Douze officiers du service technique de recherches judiciaires et de documentation (STRJD) de la gendarmerie tentent de retracer sur une ligne de temps et une carte le parcours de ce couple d’itinérants sillonnant les routes départementales.
165 contrôles d’identité
Grâce notamment à 165 contrôles d’identité conservés par les gendarmes, ils ont retracé ce parcours jusqu’en 2003. Moitoiret et Hégo ont été repérés dans 42 départements. Avant 2003, cette traque est plus complexe. Les souvenirs de ceux qui ont croisé s’étiolent, il n’y a pas de carte bancaire et de mobile pour retracer le parcours.
Après, il s’agit de recouper ce parcours avec les crimes correspondant au modus operandi de Motoiret dans le cas du petit Valentin.
«Vu l’âge du couple et le temps passé sur la route, nous avons sorti sur quinze ans tous les homicides et agressions commis par un auteur inconnu à l’arme blanche, avec un objet contondant ou à mains nues»,
expliquait récemment à Libération le colonel Francis Hubert, patron du STRJD. Soit 7 460 cas et un travail de fourmi…
Trois dossiers suivis attentivement
Pour l’instant, trois dossiers ont retenu l’attention des enquêteurs. Le meurtre du prêtre Guéguen, roué de coups «causés par un objet contondant» dans sa cure, en 1997, à Pont-Saint-Maxence (Oise). C’est là que Stéphane Moitoiret a grandi et sa mère habite encore le village.
Ils explorent aussi deux homicides non élucidés dans le Rhône: Marine, 20 ans, poignardée chez elle à Chazay-d’Azergues, en 2005. Et le travesti Jessica, tué par de multiples coups de couteau en 1995, à Rillieux-la-Pape.
M. Gr., avec agence