Exemple sur le site Politico.com: «Invasion of Georgia: a 3 am New York»
527 groups: organismes exonérés d’impôts. En politique, ces groupes ne sont pas soumis au contrôle de la Commission électorale fédérale. Sur le papier, les partis et les candidats n’ont pas le droit de se coordonner avec eux, mais il y a régulièrement des polémiques. Ces groupes sont souvent derrière les attaques comme ce spot ou celui-là.
Battleground: Champ de bataille, réel (géographique, voir Swing State), ou figuré («Wikipedia is a battleground for candidates»).
Bittergate: Depuis le Watergate, qui a coûté son poste à Nixon en 1974, tout scandale devient facilement scandale-gate. (On pourra se souvenir du Monicagate de Bill Clinton). Le bittergate (bitter = amer) concerne Barack Obama. Alors qu’il dominait largement Hillary Clinton, il s’était pris les pieds dans le tapis. Lors d’une réunion avec des contributeurs, il avait fait un parallèle entre l’amertume des petites gens en Pennsylvanie après huit ans de Bush et le fait qu’ils «s’accrochaient à leurs fusils et la religion». On ne plaisante pas avec les armes aux Etats-Unis, mais ça lui a quand même moins coûté que John Kerry et sa partie de chasse à l’oie en 2004.
Blame-America-first crowd: La «foule-critique-d’abord-l’Amérique» incarne un stéréotype classique.
Blue state: désigne les états «bleus», c'est-à-dire traditionnellement démocrates (toute la côte ouest, dont la Californie, et le nord-est avec New York, ainsi que la région des grands Lacs). Voir carte.
Bread-and-butter issues: «Les enjeux pains et beurre» de l’élection. S’emploie pour évoquer les questions de pouvoir d’achat, de vie ou de survie quotidienne, comme le prix de l’essence ou celui des crédits à payer pour ne pas voir sa maison saisie. Variantes : meat and potatoes (viande pomme de terre), kitchen-table issues (table de la cuisine), pocketbook issues (portefeuille)…
Donkey: L’âne, emblème des démocrates depuis Andrew Jackson en 1828. Gentiment surnommé Jackass par ses détracteurs (à l’origine, ass ou jackass désigne un âne), il a décidé de tourner ça à son avantage en adoptant cet emblème pour le côté entêté d’un animal qui ne lâche rien. Mais c’est sous la plume du dessinateur Nast que l’animal deviendra célèbre 50 ans plus tard
Drinking the Kool Aid: Les jeunes vous énervent avec leur idéalisme pro-Obama qui ne tiendra pas plus d’un mois? Dites-leur d’arrêter de boire du Kool Aid. Cette boisson fruitée artificielle a bon goût quand on y ajoute de l’eau mais sans, ce n’est que poudre.
Elephant: Symbole des Républicains. Egalement popularisé par le dessinateur Nast. D’après les républicains, l’éléphant est fort et sage.
Flip flopper: A l’origine, les flip flop sont des tongs. Le propriétaire de ces tongs dit une chose un jour, et son contraire le lendemain. Synonyme girouette / opportuniste / retourneur de veste. Sur l’Irak ou le permis de conduire pour les clandestins, Hillary Clinton s’est beaucoup fait taxer d’être une flip floppeuse par ses adversaires.
Frontrunner: Celui qui «fait la course en tête», le favori. S’oppose à l’underdog (à la base l’opprimé, mais ici plutôt le challenger / petit candidat).
Fundraising: opération de lever des fonds.
GOP: Grand Old Party, autre nom du parti républicain.
Heartbeat away from the presidency: «à un battement de cœur de la présidence». L’expression a surgi depuis la nomination de Sarah Palin comme colistière de McCain: la première fonction d’un vice-président consistant à remplacer en cas de mort subite, elle souligne que la vie du capitaine ne tient qu’à un fil.
Grassroots campaign: ce qui a fait le succès d’Obama, une campagne avec sa base un fort mouvement populaire et des volontaires dévoués. Il y a aussi la variante Netroots quand on ajoute le web à cette stratégie. Obama parle souvent de «bottom-up», de la base vers le haut
I’m John McCain/Barack Obama, and I approve this message: «Je suis X, et j’approuve ce message». Petite phrase prononcée par le candidat au début ou à la fin de tous les spots officiels de campagne, pour les différencier, notamment de ceux des groupes 527 (voir plus haut).
In the tank: avant les journalistes, étaient «embedded» (littéralement «enfoncés») dans les tanks américains fonçant à la conquête de Bagdad. Dans ce cycle électoral, quand on veut signifier que la presse a pris fait et cause pour Obama, on dit qu’elle s’est glissé dans les rangs des supporters du candidat démocrate.
Karl Rove texbook: Le manuel de Karl Rove, l’ancien conseiller de l’ombre de George W. Bush qui façonna ses succès électoraux en 2000 et 2004 est souvent évoqué pour décrire le recours aux coups tordus pour gagner une élection (on le soupçonne d’avoir encouragé le «swiftboating» de John Kerry (voir plus bas) et lancé la rumeur en 2000 que John McCain avait eu une enfant noire hors mariage).
Kitchen sink strategy: expression que l’on peut traduire par «lancer la vaisselle par la fenêtre». Utilisé pour décrire la tactique utilisée lors des primaires juste avant le Super Tuesday par Hillary Clinton d’attaquer tous azimuts Barack Obama après avoir retenu ses coups («Honte à vous Barack Obama! Il est temps que votre campagne sorte du caniveau!», déclarait-elle dans l’Ohio).
Latte sipping, arugula eating, Prius driving liberals: En France, nous avons la gauche caviar, devenue gauche bobo au gré des évolutions sociologiques; de l’autre côté de l’Atlantique on les appelait les «Limousine liberals» (les progressistes en limousine). Cette gauche de riche s’est vue attribuer d’autres attributs plus terre-à-terre
Mudthrowing: «Le lancer de boue» ou dénigrement de votre adversaire par tous les moyens s’intègre à part entière dans votre «kitchen sink strategy» (voir plus haut), et il y a des chances que l’on vous accuse de l’avoir tiré du Karl Rove textbook (idem).
Neck and neck: L’équivalent anglais d’au coude à coude. Sont aussi employés «tight race» (course serrée), ou «in a dead heat»
Race card: Lorsque Bill Clinton compara la victoire de Barack Obama à celle de Jesse Jackson, il fut accusé de jouer la carte raciale.
Mais la définition de la carte raciale varie d’un camp à l’autre. Un blogueur du site Vote Gopher réssume «Quand les supporters d’Obama accusent les républicains de l’avoir sorti, c’est pour dire que ceux-ci ont encouragé leur électeurs à prendre en considération la couleur d’Obama pour que celle-ci affecte négativement leur choix. (…) Pour les supporters de McCain, «jouer la carte raciale» signifie faire référence à une méfiance supposée des blancs [envers les Afro-Américains] et utiliser ce préjugé supposé pour se protéger d’un reproche légitime.»
Il y a aussi «gender card», «age card», «economy card» et tellement d’autres qu’un seul deck ne carte ne suffirait pas.
Red meat: «Viande rouge». Pour ravir une assemblée particulièrement partisane, comme une convention, servez lui la viande bien saignante du camp adverse en appuyant sur les stéréotypes favoris de vos électeurs (les républicains sont d’avides bigots va-t-en-guerre ; les démocrates sont des geignards élitistes et bureaucratiques). Référence: le discours de Sarah Palin à la convention républicaine.
Red state: Etat «rouge», c'est-à-dire traditionnellement républicain, comme tout le midwest. Voir la carte. Egalement le nom d’un célèbre blog conservateur.
Running mate: le coéquipier dans votre course à la Maison Blanche. (cette année Joe Biden et Sarah Palin)
Swiftboating: A la base, les Swift boats sont des bateaux utilisés par l’armée américaine lors de la guerre du Vietnam. Depuis 2004 et l’épisode John Kerry, «swiftboating» est utilisé pour le fait d’attaquer et dénigrer par tous les moyens possibles les crédits militaires d’une personne. Ou plus largement accuser un politique de mentir/enjoliver ses actions passées.
Swing states: (De swing, balancer, osciller). A la différence des red ou blue states, les swing states (ou aussi purple [violet] states) sont des Etats à la couleur politique mal définie, qui change d’une élection à l’autre. Entre autres Pennsylvanie, Floride, Ohio. Comme ça se joue souvent à rien, c’est là que le plus d’argent est investi par les candiadts pour bombarder les télé et radios de spots tv.
Throw somebody under the bus: litt “Pouser quelqu’un sous le bus”, que l’on pourrait rapprocher de «pousser mémé dans les orties», mais pas vraiment sur le sens. Dans les faits, il s’agit souvent de sacrifier quelqu’un (simple fusible ou fréquentation gênante) quand ça sent mauvais, suffisamment tôt si possible. Ex: «Obama threw Jeremiah Wright under the bus», lorsqu’il a décidé de couper tout lien avec le controversé pasteur.
Too close to call: Trop serré pour donner le vainqueur. Souvenez-vous du feuilleton Bush/Gore en 2000 en Floride.
Veep ou V.P.: Une des manières d’appeler le vice-président.
VPILF: Aux Etats-Unis, il y a la traditionnelle MILF (pour Mother I’d like to fuck, on vous laisse le soin de traduire). Pour certains, Sarah Palin représente la première VPILF). Et si McCain était élu et que le pire lui arrivait, elle deviendrait donc une PILF.
Surnoms: Ils abondent en ces temps de «partisan bickering» (chicaneries partisanes). Ceux employés contre Obama soulignent généralement soit son inexpérience (Obambi), soit le dévouement aveugle de ses supporters (en termes religieux –Obamessiah, Dalai Bama– ou en allusions cybernétiques –Obamatron, Obamabots). Pour John McCain, le ton penche plutôt vers les allusions à son âge et le soupçon de sénilité (McSane, jeu de mot sur «insane» [fou]), ou insiste sur sa proximité supposée avec la politique de George W. Bush (McSame –»McMême»–, McShame [«McHonte»]. Soulignons que McNasty (nasty = méchant, vil) était lui l’authentique surnom donnée à John McCain à la Naval Academy.
Warmonger: «belliciste». Le «warmonger» utilise les menaces d’un monde multipolaire pour exploiter à des fins électorales les peurs des électeurs. L’invocation du 11 septembre ou d’Al Qaeda à tout bout de champ fait généralement de vous un «warmonger» (voir la campagne de Rudy Giuliani).