Echapper au fichage, «un choix de vie»

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Publié le 10 septembre 2008.

TEMOIGNAGE - Jean-Pierre Petit raconte pourquoi et comment il tente d'échapper à ceux qui veulent le suivre «à la trace»...

Jean-Pierre Petit, 53 ans, est postier en région parisienne. Il est l'un des fondateurs du collectif «Souriez, vous êtes filmés», et pratique au quotidien un sport singulier: passer entre les mailles du filet en échappant au traçage de ses données personnelles.

Une discipline bien huilée


La bête noire de Jean-Pierre, c'est la vidéosurveillance. Ce sont les lois Pasqua, organisant la mise en place des caméras dans les lieux publics, qui ont motivé la création de son association fin 1994. «Je ne fréquente pas certains magasins. Dans mon quartier, je ne vais pas dans les boulangeries qui donnent sur la rue et qui sont filmées par les caméras, indique-t-il. Et sur mon lieu de travail, je me suis aussi battu contre la surveillance vidéo et les badges électroniques.»

Pour le reste, Jean-Pierre a des pratiques bien rodées: «Je paie le plus souvent possible en liquide. J'effectue un gros retrait en début de mois puis j'évite d'utiliser ma carte bleue.» Et quand il se déplace, ce militant ne déroge pas à ses convictions. «Je refuse d'utiliser le pass Navigo, s'emporte-t-il. Quel besoin a la RATP de savoir où je me déplace?» Quant aux cartes de fidélité des grandes enseignes, «même pas la peine d'y penser!»

Pas si facile d’échapper à Big Brother


Il reconnaît quelques faiblesses, comme Internet, avec le site souriez.info sur lequel on peut même trouver son numéro de téléphone portable. «Chacun a ses angles de refus, se justifie-t-il. Nous avons conscience d'être fichés en permanence, nous essayons de mener une réflexion pour adapter nos comportements. Ainsi certains retirent la batterie de leur téléphone portable quand ils assistent à une réunion associative, pour ne pas être localisés.» L’association affirme en effet que le GSM est «un véritable moyen de traçage (…) et cela même éteint.»

Echapper au système n'est pas de tout repos, et s'avère parfois être mission impossible. «L'année dernière, raconte Jean-Pierre, j'ai perdu ma carte vitale. J'ai tenté de m'en passer, mais j'ai eu trop de problèmes. J'ai été obligé de la reprendre.»

Ni parano, ni bandit


Mais Jean-Pierre tient à mettre les choses au point. «Je n'ai rien à me reprocher, prévient-il, mais je ressens cette pression permanente. J'aime me sentir libre, comme quand je me promène à la campagne.» Il affirme que ses amis et lui sont des gens comme les autres: «Nous ne sommes pas paranos, c'est un choix de vie.»
Julien Ménielle
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