CULTURE - La fermeture de l'Astroland, un célèbre parc d'attractions de Coney Island, à Brooklyn, marque la fin d'une époque.
De notre correspondant à New York
Dimanche soir, un bloc de nostalgie s’est détaché de New York. Après trente-huit ans de bons et loyaux services, Astroland, le parc d’attractions de Coney Island, dans le sud de Brooklyn, a fermé ses portes et c’est un des derniers quartiers populaires de la ville qui part à la mer.
Le terrain a été racheté en 2006 par un promoteur immobilier, Thor Equities, et le contrat de location de l’Astroland, malgré d’âpres négociations, se termine. Les projets de développement de la zone sont encore nébuleux: on évoque un parc d’attraction plus moderne, avec des hôtels et des galeries commerciales.
Imaginez une foire du Trône au bord d’une promenade le long de l’Atlantique. A portée de métro, c’est la plage la plus proche pour des New-yorkais avides de loisirs sans prétention. Déjà en 1930, un guide de New York racontait qu’après l’ouverture d’une promenade en 1921, «une vague de vendeurs de hot-dogs et d’amusements bon marché a déferlé, Coney Island est devenu le terrain de jeu du peuple, l’empire du nickel [surnom de la pièce de 5 cents]».
Familles hispaniques, papys et mamies russes, jeunes branchés alternatifs s’y croisent le temps d’un tour de manège désuet, de train fantôme ou d’une partie de skee-ball.
La fermeture du parc d’attractions ajoute un quartier de plus à la standardisation urbaine d’une ville dont la hausse de l’immobilier et la boboïsation ont gommé les aspérités.
Et l’Astroland qui disparaît fait beaucoup de malheureux. Une femme qui se présente comme une «citoyenne du monde» plutôt que de donner son nom distribue des tracts «Sauvons Coney Island»: selon elle, «c’est un endroit unique, le seul à New York où les pauvres ont accès à des loisirs bon marché. Il n’y a aucun autre endroit où des gens avec des origines si différentes se côtoient.» Mais les plus inquiets restent les employés du parc d’attraction. «Nous sommes dans les limbes», se désole David Torez, «né et élevé à Brooklyn», qui tient le manège Music express. «Nous ne savons pas de quoi demain sera fait, si nous serons embauchés dans le futur parc d’attractions ou si nous allons être au chômage. Ils appellent ça le business en marche.» Alors que les attractions devaient être démontées dès ce lundi, certaines pièces étaient déjà en vente sur un site d’enchères. La fin d’une époque.
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