Claire Castillon: «Ma vie doit passer par un livre sinon je ne sais pas la vivre»
Créé le 08.09.08 à 16h33
Mis à jour le 09.09.08 à 15h30
|
Claire Castillon/Patrick Swirc
LIVRES - Interview de Claire Castillon, auteure de «Dessous, c’est l’enfer...
C'est son septième roman. Claire Castillon revient avec «Dessous, c’est l’enfer», une histoire dense et dure. Après un détour par les nouvelles, l’écrivain raconte l’impossibilité d’aimer et le poids de son héritage familial. Interview.
Comment êtes-vous arrivée à la littérature?
Pour l’écriture, il y a eu une date précise: le jour de l’enterrement de mon grand-père. J’avais 12 ans et j’ai ressenti la nécessité d’écrire quelque chose sur sa présence dans l’absence pour ne pas le perdre. Ça m’apportait un réconfort. J’ai découvert que l’écriture risquait de devenir un remède au vide.
Qu’est-ce qui vous pousse à écrire?
Ma vie doit passer par un livre sinon je ne sais pas la vivre. Je ne sais pas où mettre toutes les infos sinon dans un livre.
Où écrivez-vous?
J’écris beaucoup à la campagne, où je peine moins qu’à Paris. Et je reste chez moi la plupart du temps. Pour ce roman, l’écriture a été très saccadée contrairement aux autres livres. J’ai commencé début janvier 2007, puis il y a eu une période d’interruption, j’étais bloquée. C’est difficile de se remettre dans le même état pour continuer, j’avais l’impression de ne plus écrire de la même façon.
Est-ce que ce roman marque pour vous une étape dans votre carrière?
Mon idée à chaque livre, c’est de ne pas faire la même chose. Je veux aller chercher plus loin. Je dis toujours à mon éditrice: «surtout, je veux en chier!» Autant à l’école, je trichais tant que je pouvais, autant là, je ne veux pas céder à la facilité.
Dans ce livre, aucun personnage n’a droit à un prénom mais ils sont désignés par leur place dans la famille. Est-ce que, pour vous, c’est ce qui nous détermine en priorité?
Non, au contraire. Mais je ne sais pas nommer mes personnages, sauf quand ils sont secondaires. Au début, j’essayais de les baptiser. Mais je suis tellement dedans que je n’arrive pas à me donner un autre prénom. J’aime la froideur que transmet cette absence de prénom mais ce n’était pas pour dire que l’on appartient à un grade dans la famille.
Le rapport à la mère, la filiation, la transmission de l’incapacité à aimer est au cœur de ce roman: pourquoi cet intérêt pour le rapport mère-fille?
Ma mère m’inspire. Je suis devenue écrivain en immense partie grâce ou à cause d’elle. Il y a une telle folie dans ce rapport, même quand il est serein - ce qui est mon cas - que je ne peux cesser de m’y intéresser. Il n'y pas que ma mère qui m'inspire. Par exemple, une amie m’a appelée en me disant: «ça va te plaire, mon nouveau copain m’a dit qu’il voulait qu’on s’achète des méduses, les chaussures!» J’ai demandé la permission de raconter cette anecdote et je lui ai piqué.
Dans ce roman, vous donnez une image très dure des relations hommes-femmes. Etes-vous plutôt pessimiste?
Je suis pessimiste mais extrêmement gaie! Les optimistes à tous crins me semblent débiles. J’ai une vision assez noire des choses mais je profite de la vie. Dans les relations amoureuses, je n’ai pas de cynisme, je donne tout avec le même élan. Je suis même optimiste en amour mais monstrueusement déçue... Je donne la même authenticité en amour que dans l’écriture.
Quand on s’inspire de sa vie pour écrire, comment fait-on pour prendre de la distance pendant l’écriture ?
La distance se fait automatiquement. Le vrai passe par la machine à romancer. Et puis la lumière par l’écriture est faite sur une partie seulement des choses et des personnes.
Est-ce que l’écriture vous empêche de vivre?
Je ne sais pas, peut-être que je ne vis pas mais dans ce cas-là, je ne vais pas naître demain… Ça s’empire: avant, quand ça n’allait pas, je disais tant pis, maintenant, je dis tant mieux!
Avez-vous l’impression de faire partie du milieu littéraire?
J’en fais partie, mais j’ai horreur de tout milieu quel qu’il soit. Le regard que l’on pose sur moi est archi-faux. Je fuis les salons. J’ai presque été écrivain pour éviter les colonies et les séminaires! Je pourrais vivre toute seule tout le temps.
Recueilli par Oihana Gabriel
Réagissez à cet article