POLICE - Après François Fillon, le ministère de l'Intérieur procède lui aussi à une mise au point...
Le gouvernement vole au secours du fichier de police Edvige, au centre d'
une tempête politique après les déclarations du ministre de la Défense ministre de la Défense, Hervé Morin.
Pendant l’université du Nouveau Centre, dimanche, ce dernier a indiqué «se poser un certain nombre de questions.» Il a parlé «d'un curieux mélange des genres», et s'est interrogé sur «l'utilité» de «centraliser des informations relatives aux personnes physiques ayant seulement sollicité un mandat politique ou syndical.» Rebondissant sur ces déclarations, la présidente du Medef, Laurence Parisot,
s'est dite à son tour «assez troublée» ce lundi, demandant des explications à la majorité.
«Il n'y aura ni fichage d'homosexuels, ni de séropositifs, ni de malades» dans ce nouveau fichier, a tenu à assurer ce lundi Gérard Gachet, porte-parole du ministère de l'Intérieur. «Il n'a jamais été question et il ne sera jamais question que ce soit dans le fichier des RG ou dans Edvige d'écrire sur une fiche que quelqu'un est homosexuel ou que quelqu'un est malade du sida ou souffre de telle ou telle maladie», a affirmé Gérard Gachet sur RTL, précisant que «ce sont des données totalement privées et rigoureusement protégées par la loi informatique et liberté».
>>>>>> Le fichier Edvige est présenté par ici, et décrypté par là
«En revanche, nous pouvons être amenés à écrire dans la notice biographique de quelqu'un qu'il est président d'une association de lutte contre l'homophobie ou président d'une association des victimes de l'amiante», a-t-il ajouté. Mais «il est rigoureusement interdit, et c'est marqué dans le décret, de faire la moindre extraction, le moindre sous-fichier, le moindre listing à partir d'une donnée sensible, vous ne pouvez pas taper “homosexuel” ou “malade” et avoir un listing qui s'affiche sur votre écran», a expliqué le porte-parole.
Frédéric Lefebvre, l'un des porte-parole de l'UMP, a estimé pour sa part qu'il ne fallait pas «caricaturer le débat» mais «plutôt essayer de poser les vraies questions qui peuvent être inquiétantes pour les Français, leur sécurité, notamment les libertés publique et leur vie privée».
«Des logiciels qui circulent sur Internet sont extrêmement inquiétants pour les libertés publiques, notamment sur la question de l'espionnage des portables, l'espionnage des ordinateurs», a-t-il ajouté. La veille, au JT de France 2, le ministre du Travail Xavier Bertrand avait également comparé la «sécurité» d'Edvige aux dérives d'Internet.
«Il n’est pas nécessaire de créer des suspicions là où elles n’existent pas»
Avant eux, c'est François Fillon lui-même qui a tapé du poing sur la table. Le Premier ministre a dénoncé les «hypocrites», en visant la gauche, qui conteste vivement
le contenu d'Edvige permettant la collecte d'informations sur des mineurs âgés d'au moins 13 ans et «susceptibles» d'infractions, ainsi que sur les responsables politiques et syndicaux. Il a ensuite recadré Hervé Morin : «Quant aux propos du ministre de la Défense, je pense qu'il n'est pas nécessaire de créer des suspicions là où elles n'existent pas et j'ai eu l'occasion de le lui dire.» François Fillon a tenu à préciser que «cela ne remet pas en cause l'unité du gouvernement», à l’issue d’un déplacement au Pays-Basque. «J'ai toujours dit mon attachement au débat» lui répond François Fillon. Qui file la métaphore de façon cinglante : «Ce n'est pas une caserne, un gouvernement, mais enfin là en l'occurrence, il ne faut pas se laisser aller à de jugements inspirés par une vision très légère des choses. Il y a des réalités dans notre pays qui sont des réalités fortes en matière de sécurité».
La veille, Michèle Alliot-Marie avait également ironisé sur les propos de son homologue à la Défense. «Je suis ravie que M. Morin se pose des questions, a ironisé la ministre de l'Intérieur. La question que moi, je me pose, c'est comment il se fait qu'il n'ait pas réussi à trouver mon numéro de téléphone pour me demander ce qu'il en était. Je l'aurais rassuré.»
«Ces fichiers existent depuis toujours», selon Fillon
Sur le fond du dossier, François Fillon a tenu à donner des garanties. «Je suis extrêmement respectueux des libertés publiques et des droits individuels. Dans cette affaire, en tant que chef du gouvernement, j'agis sous le contrôle du juge». Il souligne que «ces fichiers existent depuis toujours». Selon lui, Edvige a fait successivement l'objet de débats au Conseil d'Etat et d'un accord de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil). «Tous les responsables politiques, en particulier de gauche, qui s'expriment aujourd'hui, on ne les a jamais entendus lorsqu'il s'agissait du fichier des Renseignements généraux, qui était beaucoup moins encadré que ne l'est aujourd'hui celui que nous mettons en place» a-t-il insisté.
«Madame Parisot sera certainement rassurée par les propos que je viens de tenir, et en particulier par le fait que ces fichiers sont sous le contrôle des juges», a commenté François Fillon. Le message est clair pour les sceptiques. Le chef du gouvernement est prêt à une défense rugueuse du fichier Edvige.
Avec agence