USA 2008 - Irak, Iran, Russie, les deux prétendants à la Maison Blanche enlèvent les gants…
De notre correspondant à Los Angeles usa2008
C’est peut-être sur les dossiers internationaux que McCain et Obama ont échangé les coups les plus violents jusqu’à présent. Le candidat républicain présente son adversaire comme un bleu inexpérimenté et se pose comme le seul commander-in-chief valable. Pour Obama, McCain ne ferait que «poursuivre la diplomatie de cowboy de Bush». Le choix des colistiers (Joe Biden, au CV très rempli à l'international pour Obama, et Sarah Palin, qui a eu son premier passeport en 2006, a bien rééquilibré les tickets sur la politique étrangère).
Irak
Les faits – Cinq ans, un coût financier de plusieurs centaines (voire quelques milliers) de milliards de dollars, plus de 4.000 soldats américains tués et entre 100.000 et 1 million de civils (les chiffres divergent énormément selon les études)… La guerre en Irak qui était l'un des points fort d'Obama, l'handicape désormais car l'opinion publique pense que les Etats-Unis sont en train de gagner la guerre.
Ce que propose McCain – «La victoire». Le vétéran du Vietnam dit ne pas vouloir rester «une minute de plus que nécessaire» en Irak. Mais s’il le faut, les Etats-Unis stationneront «100 ans». D’après lui, la baisse des violences enregistrée ces derniers mois témoigne du succès de l’opération «troop surge», la nouvelle tactique anti-insurrectionnelle instaurée sous les ordres du General Petraeus depuis 2007, avec une présence militaire renforcée.
McCain cite d’ailleurs le général comme la personne qui l’influencerait le plus s’il était Président. McCain compte aussi sur la diplomatie, et œuvrer pour la réconciliation entre sunnites et chiites (qu’il a une fois ou deux confondus).
Ce que propose Obama – De mettre un terme au conflit «dans les 16 mois» qui suivent sa prise de pouvoir, et de ramener les boys à la maison. Ce «que des experts estiment réalisable», selon lui. Il se veut malgré tout «responsable envers le peuple irakien». Depuis la remontée de McCain dans les sondages, Obama a changé légèrement son discours, expliquant qu’il serait très «à l’écoute des militaires» et que son plan n’était pas figé. Sur la diplomatie, l’approche diffère de celle de son adversaire: Obama a toujours répété qu’il était partisan d’un dialogue avec l’Iran et la Syrie.
L’Afghanistan
Les faits – Lancée à la suite du 11-Septembre par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, la guerre en Afghanistan a rapidement vu une collaboration internationale se mettre en place. Si les talibans ont d’abord reculé, ils effectuent un retour en force et les violences explosent depuis 2006. La dernière attaque en date a coûté la vie à dix soldats français le 19 août.
Ce que propose Obama – De se concentrer sur le front afghan dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. D’après lui, «la plus grande erreur après le 11-Septembre a été de ne pas finir le travail ici et de s’être dispersé en Irak». Il promet davantage de troupes et de faire pression sur le président Hamid Karzai pour que celui-ci «intensifie ses efforts pour la reconstruction du pays».
Ce que propose McCain – Pour le candidat républicain, une «victoire en Irak est indispensable à un succès en Afghanistan». En 2005, McCain avait insisté sur la nécessité pour les Etats-Unis d’avoir des bases militaires en Afghanistan, mais il n’y a pas fait référence depuis.
Russie
Les faits – Les récents événements en Géorgie ont fait ressurgir de vieux relents de guerre froide. McCain a été le plus virulent, avec succès. Dans l’opinion publique, il lamine Obama sur la question du plus apte à être commander-in-chief.
Ce que propose McCain – Fer-me-té! John, très présidentiel avant l’heure, a sauté sur le dossier. Et, le doigt levé, s’est fâché tout rouge contre la Russie. Moscou doit «se retirer «immédiatement du sol géorgien, un vieux pays souverain». Il a écarté une action militaire et un retour à la guerre froide mais exigé un dialogue. Avant d’envoyer le sénateur "indépendant démocrate" Joe Lieberman en Géorgie. Ses positions ne sont pas nouvelles: il a critique régulièrement «la régression de la Russie» et «la disparition de la démocratie» et réclame son éviction du G8.
Ce que propose Obama – De le laisser revenir de ses vacances à Hawaï. Le conflit a éclaté alors qu’il prenait un break sur son île natale, et Barack s’est fait prendre de cours par la virulence de la réaction de McCain. Depuis il a riposté, condamnant fermement les actions de Moscou, mais accusant McCain de «compliquer le conflit». A l’inverse du candidat républicain, il reste plutôt opposé au projet de George Bush de déployer des bases américaines anti-missiles dans l’est européen.
Iran
Les faits – Alors que Téhéran s’entête et prévoit de construire davantage de centrales nucléaires, McCain et Obama s’affrontent régulièrement sur ce dossier.
Ce que propose Obama – S’il dénonce «les mensonges haineux» du président iranien sur l’Holocauste, et qu’il reconnaît la menace que pose Téhéran, Obama l’a dit et répété: il rencontrerait Ahmadinejad. Et de citer de temps à autre une maxime de JFK: «Un Président ne doit jamais négocier en ayant peur, mais ne jamais avoir peur de négocier.»
Ce que propose McCain – Il s’agit d’une plaisanterie, mais lors d’un questions-réponses, McCain a répondu que si Téhéran ne coopérait pas, il restait toujours cette bonne vieille chanson qui fait «Bomb bomb bomb, bomb bomb Iran». En faucon, McCain défend une ligne dure et réclame des sanctions plus sévères de la communauté internationale.
Proche-Orient
Les faits – Depuis le coma d'Ariel Sharon et l’arrivée à la tête de l’Autorité Palestinienne du Hamas, la situation semble au point mort. Dans la lignée d’une longue tradition américaine, McCain comme Obama sont majoritairement pro-israélien.
Ce que propose McCain – «Pro-israélien et fier de l’être», McCain promet «toute l’aide militaire et technologique dont Israël a besoin». Pour lui, pas de processus de paix possible tant que «tous les Palestiniens n’ont pas reconnu l’Etat israélien». Favorable aux discussions avec Mahmoud Abbas, mais pas avec le Hamas.
Ce que propose Obama – «Jérusalem doit rester la capitale indivisible d’Israël», selon lui. Lors de son dernier voyage, il a aussi tenu à rassurer les Israéliens, promettant qu’il ne serait pas un homme de «pression». Plus tôt cette année, il a critiqué la rencontre de l’ancien président Jimmy Carter avec le Hamas, écartant toute discussion tant qu’il «n’aurait pas renoncé à toute activité terroriste».
Relations franco-américaines
Les faits – Il est loin le temps où certains fast foods américains renommaient les french fries en freedom fries comme geste symbolique anti français. Devant le congrès américain, Sarkozy a même reçu une véritable standing ovation, des républicains comme des démocrates.
Ce que propose Obama – Lors de sa tournée européenne estivale, il s’est félicité que «la France et l’Allemagne aient des dirigeants extraordinaires». Opération séduction réussie, avec un Nicolas Sarkozy qui présente son «copain» Obama –même s’il refuse de donner sa préférence.
Ce que propose McCain – Il aime ressortir régulièrement sa blague, «les Français ont même élu un Président qui aiment l’Amérique, comme quoi tout arrive». Lors de sa visite à Paris au printemps dernier, il a souligné que les pays étaient prêts à travailler «main dans la main». Lors de la guerre en Irak, il faisait pourtant parti de ceux fustigeant «la vieille Europe». De la France, il disait, «elle me fait penser à une actrice des années 40, qui essaie toujours de jouer sur son charme mais qui n’a plus vraiment le physique pour». C’était il y a 5 ans
Philippe Berry, à Los Angeles