Obama/McCain: Qui dit quoi sur l’économie

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Publié le 8 septembre 2008.

USA 2008 - Crise immobilière, déficits, essence qui flambe, faiblesse du dollar, pouvoir d’achat...

De notre correspondant à Los Angeles usa2008

Crise immobilière, déficits, essence qui flambe, faiblesse du dollar, pouvoir d’achat… L’économie (et comment la redresser) est le sujet n°1 pour les électeurs. Traditionnellement, une crise économique handicape le parti sortant. Obama devrait donc enterrer McCain sur ce dossier dans l’opinion publique. Ce n’est pas le cas.

 

Prix à la pompe
Les faits – Suivant la flambée du baril, le prix de l’essence a été multiplié par trois en cinq ans. Si l’essence reste moins chère qu’en Europe (seulement 30% de taxes aux Etats-Unis), cette hausse pénalise davantage les Américains, qui vivent dans un pays grand comme 17 fois la France. Tuons ici une idée faussement répandue: non, les Etats-Unis n’importent pas tout leur pétrole du Golfe. Pour 40%, il s’agit de réserves domestiques; pour le reste, ils s’approvisionnent d’abord au Canada et au Mexique, et dans une moindre mesure en Arabie saoudite et au Moyen-Orient. En conséquence, la question de l'offshore drilling (forage pétrolier près des côtes américaines) a vu les esprits s’échauffer ces derniers temps, à coup d’analyses économiques et scientifiques contradictoires.

 Ce que propose Obama – Lutter contre l’essence chère «ne peut s’inscrire que dans un plan d’énergie global de 150 milliards de dollars sur 10 ans». Notamment avec un développement des énergies renouvelables et des voitures hybrides. En juin, Obama s’est opposé à un allègement des taxes sur l’essence pendant les vacances d’été, estimant –avec pas mal d’experts en soutien– qu’il ne s’agissait que d’une «mesurette» à l’effet marginal pour le citoyen américain. En revanche, il est favorable à taxer «les profits records des compagnies pétrolières». Sur l’offshore drilling, il est en train virer de bord: d’abord opposé pour des «raisons écologiques», il a récemment dit qu’il soutiendrait le projet de plan bipartisan de Nancy Pelosi (présidente démocrate de la Chambre des représentants). Certains diront que l’opinion a joué: deux tiers des Américains sont favorables à une autorisation du forage pétrolier près des côtes.

 Ce que propose McCain – Approche assez similaire avec une réponse totale via un plan sur l’énergie baptisé Lexington Project, qui contient lui aussi son lot d’ambitions vertes. Mais dans le détail, McCain est un farouche partisan de l’offshore drilling –et Sarah Palin, sa colistière, encore plus-- mais aussi d’un allègement des taxes sur l’essence pendant les vacances estivales pour «donner un coup de pouce aux familles». Comme Obama, McCain veut aussi s’attaquer à la spéculation financière autour des prix du baril.

 

 Crise de l’immobilier
Les faits – «Subprime», ou comment un mot inconnu du grand public a (et fait toujours) trembler les bourses mondiales depuis l’été 2007. Tout commence avec une crise des crédits à risque aux Etats-Unis, selon le schéma suivant: les organismes financiers accordent en masse des crédits hypothécaires à taux variable à des emprunteurs peu ou pas du tout solvables. Les taux d’intérêts, très bas après le 11-Septembre, remontent pendant les années suivantes, faisant exploser le montant des remboursements. Pris à la gorge, beaucoup ne peuvent plus payer et perdent leur maison. Et, conjugué à une baisse du prix de l’immobilier, provoquent des trous de dizaines de milliards de dollars dans les comptes des organismes financiers, qui ne s’y retrouvent plus avec la vente du bien. Ajoutez à cela une bonne dose d’absence de contrôle et quelques tentatives pour masquer tout ça, des banques centrales qui tentent de jouer les pompiers et vous obtenez une crise dont les répercussions sont encore assez mal mesurées.

 Ce que propose McCain – Un «HOME plan». Le but: «Eviter à entre 200.000 et 400.000 familles de perdre leur maison.» Pour cela, McCain se veut «agressif», avec –chose plutôt rare dans le programme du candidat– des aides fédérales pour «basculer certains crédits variables vers des crédits à taux fixes sur 30 ans». Sur ce dossier, McCain s’est trouvé embarrassé par son conseillé n°1 sur les dossiers économiques, le «Docteur» Phil Gramm. Ce sénateur, et ancien lobbyiste, a beaucoup œuvré pour la dérégulation du système financier américain par le passé. Et début juillet, il s’en est pris à «un pays de pleurnicheurs, en récession mentale». McCain s’en est séparé une semaine plus tard.

 Ce que propose Obama – De s’attaquer à ceux qu’il désigne comme les principaux responsables, «ces organismes de crédits et agents immobiliers malhonnêtes». Pour se faire, Obama reproposerait son STOP Fraud act –jamais adopté– visant à établir de nouvelles infractions, et les sanctions allant avec. Par ailleurs, il soutient la proposition de Chris Dodd de créer la Federal Housing Administration, un organisme chargé d’examiner les situations de familles sur le point de perdre leur maison, et d’y trouver une solution.

 

Macro économie
Les faits – Le pays est-il en récession? «Non», affirme Bush, qui a toujours refusé d’employer the R-word, et préfère parler de ralentissement. «Ca dépend», disent généralement les économistes. Au sens strict du terme (définis par deux trimestres consécutifs de croissance négative) la réponse semble plutôt non, mais beaucoup jugent cette définition dépassée. Un point sur lequel tout le monde est d’accord, c’est qu’entre des créations d’emplois anémiques, une production industrielle au ralenti et une inflation élevée et un dollar faible, l’économie américaine ne va pas fort.

 Ce que propose Obama – «Mettre fin aux réductions d’impôts accordées aux plus riches et soulager la classe moyenne et les ouvriers.» Il veut aussi «investir dans le secteur manufacturier et créer 5 millions d’emplois verts, mais aussi dans les secteurs innovants et alléger les charges pour les petites entreprises. Cela s’inscrit dans sa logique du bottom-up selon laquelle le succès de l’Amérique s’est construit en commençant par le bas. Et c’est donc cette cible qu’il faut privilégier selon lui pour assister à un redémarrage de l’économie. Parallèlement, il compte renégocier (ou établir) des «accords commerciaux avec d’autres pays plus avantageux pour les Etats-Unis». Enfin, sur le cours du dollar, (sur lequel un Président n’a pas ou peu d’impact), Obama reconnait que l’arme du dollar bas avantage les exportateurs». Mais il se dit «préoccupé» par les raisons fondamentales expliquant ce phénomène. A savoir, «une économie en déclin qui ne produit pas assez de richesses».

 Ce que propose McCain – De poursuivre une politique d’allègement fiscale. McCain, qui s’était violemment opposé aux tax cuts de Bush en 2000, estimant que ça ne favorisait «que les 1% les plus riches», a depuis retourné sa veste. Dans une tradition plus républicaine, il promet de baisser les prélèvements pour tout le monde. D’après une analyse du Tax policy Center, l’allègement serait toutefois nettement plus important pour les plus riches. A l’inverse du bottom-up d’Obama, le schéma ici est que ce sont «les entrepreneurs qui ont fait le succès de l’Amérique». Enfin, McCain veut un «dollar fort» et se dit «persuadé» que les fondamentaux de l’économie façonnée par Bush le permettront.

Philippe Berry, à Los Angeles
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