INTERVIEW - Le 4 septembre, un homme a été mis en examen pour un homicide maquillé en s'inspirant d'un épisode des «Experts». L'analyse d'une criminologue
Trois questions à Sylvianne Spitzer, psychologue, criminologue, chercheuse et «profiler».
Pensez-vous que les fictions puissent pousser à commettre des meurtres ?
C'est un sujet très controversé, et nous disposons de peu d'éléments. On estime que les médias et les fictions ont une influence, mais pas sur la volonté de commettre un crime. En revanche, pour ceux qui sont déjà dans l'acte, ils donnent des idées sur les manières de procéder et fournissent aussi des techniques pour dissimuler des preuves. Je ne parle évidemment que pour les individus dits «normaux».
Les personnes plus fragiles peuvent-elles être davantage influencées ?
Dans le cas de maladies mentales, la fiction peut être à l'origine d'un passage à l'acte. Un individu lambda ne devient pas un meurtrier à cause d'un film, mais pour une personne plus fragile psychologiquement, il y a un risque. Mais au-delà des crimes, qui ne sont pas si fréquents, les fictions peuvent poser d'autres problèmes.
Quel genre de problèmes se pose ?
Le problème des fictions, et notamment du cinéma, c'est qu'elles ne présentent que les actes, et pas leurs conséquences. Elles déconnectent de la réalité. Il y a un risque, surtout pour les plus jeunes. Pour prendre un exemple léger, je me souviens de ce jeune homme aux Etats-Unis, qui avait introduit son pénis dans une tarte après avoir vu «American pie». La tarte était très chaude, il a été sévèrement brûlé.
Recueilli par J.M.