En alternative à la prison, la justice toulousaine choisit de mettre les faucheurs sur la paille. Hier, le tribunal correctionnel a déclaré coupables les 41 faucheurs, dont José Bové, qui avaient sévi à Daux (Haute-Garonne) et à Ox (Gers) en juillet 2006 sur deux parcelles de maïs OGM (Mon 810) dont la culture est depuis interdite en France. Les quatre militants qui risquaient la prison pour cause de condamnation antérieure ont écopé de « jours- amendes » : 18 000 euros au total pour le leader altermondialiste, 12 000 pour les trois autres et notamment François Simon, l'ex-candidat au Capitole. Les autres anti-OGM sont condamnés à un ou deux mois de prison avec sursis, selon qu'ils ont participé aux deux fauchages ou pas.
A ces sanctions personnelles, s'ajoute l'obligation solidaire de verser quelque 18 000 euros à l'agriculteur d'Ox, et plus de 32 000 euros au semencier américain Pioneer, propriétaire de la deuxième parcelle. « Nous sommes satisfaits, car cela couvre les dégâts estimés par les experts. Quant aux peines prononcées, ça m'est égal, je ne vais pas sauter de joie, ni pleurer pour eux », réagit Pascal Metge, le fils de l'agriculteur. « La peine est alternative mais financièrement extrêmement sévère », considère Marie-Christine Etelin, l'avocate des faucheurs. « Le tribunal avait tous les éléments en main. Il a pris une décision tournée vers le passé, l'avenir lui montrera qu'il a eu tort », ajoute son confrère François Roux. « Conformément aux demandes de Pioneer, on nous frappe au porte-monnaie, pas étonnant venant d'une multinationale américaine... », souligne François Simon. Il est « humainement soulagé » de ne pas aller en prison « mais, dit-il, si le tribunal avait poussé le ridicule jusqu'à nous y envoyer, ça aurait pu être symboliquement très fort ».
Les condamnés se laissent le temps de la concertation pour décider s'ils font appel. En attendant, la solidarité s'organise. « Les finances du collectif des faucheurs sont à sec. C'est par ce biais que la justice veut nous éliminer du paysage mais nous avons de la ressource. On y arrivera ! », assure Jean-Michel Clavel, un militant.