CULTURE - Interview d'Elise Ovart-Baratte, chercheur en histoire contemporaine…
«Bienvenue chez les Ch’tis» ne plaît pas à tout le monde. Notamment pas à Elise Ovart-Baratte, chercheur en histoire contemporaine, qui signe un essai, «Les Ch’tis, c’était les clichés» (éd. Calmann-Levy), pour dire que le Nord n’est pas celui que
Dany Boon montre. Interview.
En quoi trouvez-vous que le film «Bienvenue chez les Ch’tis» nuit à l’image du Nord?
Je n’ai rien contre le film, devant lequel j’ai ri, mais j’en ai contre l’image du Nord que le film véhicule. Une image misérabiliste, passéiste et archaïque. C’est le Nord d’il y a trente ans qui est montré, pas celui des années 2000, dynamisé et métamorphosé par le musée La Piscine, la Route du Louvre ou Lille 2004…
Avez-vous des exemples d’archaïsme repérés dans le film?
Oui, on y voit des mineurs alors qu’il n’y en a plus dans cette région. De plus, très peu de gens parlent ch’ti en réalité, et encore moins à Bergues, situé en terre flamande, où il est impossible de trouver quelqu’un qui parle comme ça. Les habitants y sont assimilés à des gens simplets et alcooliques. Et tout le monde s’en réjouit. Je reproche aux nordistes d’être maso.
Mais Dany Boon a réalisé une fiction, pas une œuvre documentaire sur le Nord…
Certes, mais peut-être aurait-il été plus judicieux de montrer un Nord plus réaliste. Ce qui m’a vraiment fait tiquer, c’est la subvention de 600.000 euros accordée par le conseil régional à «Bienvenue chez les Ch’tis», qui a ainsi utilisé l’argent public en prétendant que cela allait redorer l’image du Nord. C’était une erreur de diagnostic.
Six mois après sa sortie, le film a enregistré 20 millions d’entrées. Pourquoi réagir maintenant?
Il fallait du temps pour écrire ce livre. Et je pense surtout qu’il fallait prendre du recul.
Le film a boosté le tourisme dans la région. Et les critiques que vous formulez ont déjà été largement relayées depuis six mois…
A quelques rares exceptions près, la presse a abondé dans le sens du film. Les critiques n’étaient pas audibles.
Votre réaction n’a pas plus à tout le monde au Parti socialiste, où vous militez. Et votre livre est sorti en pleine université d’été de La Rochelle, le même jour que celui de Martine Aubry. Un hasard?
La date était fixée depuis longtemps. J’existe dans mon métier de chercheur. Ce n’est pas un coup de communication. Je veux juste que les Nordistes arrêtent de s’excuser de la météo.
Recueilli par Alice Antheaume et Vincent Vantighem
A lire: «Les Ch’tis, c’était les clichés», éd. Calmann-Levy, 150 pages, 12 €.