« Une justice qui juge ce que nous sommes et non plus ce que nous faisons. » Membre de la Fédération française des psychologues et de la psychologie et exerçant à la maison d'arrêt de Rouen, Alain Létuvé s'insurge contre le rôle de juge que la loi sur la rétention de sûreté va faire endosser aux psychologues et psychiatres. Ce texte voté le 25 février 2008 instaure un dispositif qui permet de prolonger sans limite l'enfermement de personnes ayant purgé une peine (de quinze ans ou plus), mais qui sont considérées comme dangereuses. Et c'est une commission pluridisciplinaire - la même que celle existant pour le bracelet électronique - qui sera chargée d'évaluer chaque année cette « dangerosité », sur la base d'une expertise réalisée par un psychologue et un psychiatre. « Nous allons donc porter seuls la responsabilité de ce nouveau dispositif d'élimination », explique Alain Létuvé, qui appelle ses collègues à refuser de participer à cette procédure. « La loi fait une confusion terrible entre la notion de dangerosité sociale et la notion psychologique, analyse-t-il. Et le principe de présomption d'innocence est retourné en présomption de culpabilité pour un acte virtuellement probable du fait de votre personnalité. »
Tout l'été, professionnels du secteur et syndicats de magistrats ont organisé des rencontres d'information autour d'un film, Rétention de sûreté, une peine infinie, visible sur Internet*. Invité, Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, a dénoncé cette logique qui réduit à néant toute possibilité de défense puisque, selon lui, « on est accusé de rien d'autre que d'être soi-même ».